«La première chose que j’ai pensé, c’est «un de plus», après les drames de Fribourg, Porrentruy… Les réactions reçues par notre association vont toutes dans le même sens: «Il aurait dû venir nous voir.»

J’anime des rencontres qui réunissent des pères, mais aussi des nouvelles compagnes ou des grands-parents, à Lausanne et Yverdon. Certains viennent avec des questions très concrètes, sur la pension alimentaire, le droit de visite non respecté ou le nom d’un bon avocat, mais c’est surtout de leur vécu personnel et de leur vision des choses que nous parlons. La révolte, la déprime, la colère, la solitude reviennent très souvent, un sentiment d’injustice, d’inégalité de traitement et d’écoute par la justice et les experts. Nous ne sommes pas entendus.

Moi-même, j’ai passé douze ans en procédure de divorce avec pour unique but de rester impliqué dans la vie de mon fils. J’ai vécu des moments terribles, avec des idées noires. Le message que la société m’a transmis, c’était: «Encore là, tu ne laisses pas tomber?» Et puis, l’image de l’homme fort, qui ne doit pas se laisser aller, et de la femme faible, fragile, reste ancrée dans les esprits.

Dans ces moments-là, on pète les plombs. Le lien de l’enfant avec le père est évidemment différent de celui qui existe avec la mère, mais la souffrance n’a pas de degré.

Cet homme a commis un crime, car je doute très fortement que les enfants soient encore en vie. Je n’excuse en rien son geste, mais je le vois comme un homme désespéré, qui n’avait plus de lendemain, auquel aucune solution vivable ne s’offrait.

Nous plaidons pour une médiation ordonnée et un tribunal de la famille. Il faut contraindre les parents à rester parents, à ne pas prendre les enfants en otage lors des séparations.»

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