JURA BERNOIS

Des autonomistes se mettent en travers des intentions séparatistes de Moutier

A Moutier, les autonomistes s'entre-déchirent avant le vote consultatif du 29 novembre sur l'appartenance cantonale de la ville

La tension monte à Moutier, quinze jours avant le vote consultatif sur l'appartenance cantonale de cette ville de 8000 habitants. Si le maire et ses amis partisans du oui le 29 novembre disent ne pas trop craindre les antiséparatistes, ils doivent composer avec une dissidence dans leurs propres rangs. Des militants jurassiens voteront non au projet de transfert cantonal de Moutier. Leur leader est l'économiste Pierre-Alain Droz. Leur poids, difficile à quantifier, est de nature à resserrer l'écart entre le oui, toujours donné vainqueur dans les pronostics, et le non. Peut-être feront-ils même triompher le non.

Pour aller rencontrer Pierre-Alain Droz dans son bureau situé au centre-ville, il faut longer la rue centrale de Moutier jonchée de tracts, d'affiches arrachées et d'écussons jurassiens peints sur la chaussée. Difficile de prime abord de comprendre que des autonomistes refuseront le 29 novembre de cautionner la démarche du Conseil municipal qui veut engager la procédure de divorce avec Berne. Pierre-Alain Droz est pourtant de ceux-là. Il dit non au transfert cantonal de la seule ville de Moutier, sans le reste du Jura bernois. «Mon idéal, c'est de voir l'ensemble du Jura-Sud quitter le canton de Berne.»

Pierre-Alain Droz a longtemps été un leader parmi les militants autonomistes. A la tête de Jeunesse-Sud, il était de ceux qui ont vu déferler les grenadiers bernois dans les années 70. A la suite de la violente émeute du 10 juin 1977 à Moutier, il a été arrêté, mis au secret à Berne, puis condamné par le Tribunal fédéral à neuf mois d'emprisonnement avec sursis. «C'est ma décoration de guerre», lance-t-il fièrement, brandissant les coupures de presse de l'époque.

Entre le plébiscite du 23 juin 1974 et la fin des années 80, Pierre-Alain Droz a été de tous les combats. Dans la rue et sous les pavés dans les années 70, ce fils d'avocat autonomiste de Tavannes, venu s'établir à Moutier en 1976, a ensuite occupé divers mandats. Député, conseiller municipal, conseiller de ville: il a été le premier président du législatif prévôtois à majorité autonomiste, en 1982. Agé aujourd'hui de tout juste 50 ans, le voilà qui ressort du bois pour se mettre en travers des desseins autonomistes prévôtois.

Comment ce militant a-t-il pu voter oui au transfert cantonal de Moutier en 1975 et s'y opposer en 1998? «J'étais favorable au départ de Moutier à l'époque, avec toute une partie de son district. Mais, depuis 1976, la ville s'est vu assigner un autre rôle, celui de locomotive de l'autonomie du Jura-Sud. Il n'est pas acceptable de voir partir la locomotive seule.» Le Mouvement autonomiste estime que la démarche de Moutier sera un levier, un électrochoc pour l'ensemble du Jura bernois. «Je ne crois pas à la volonté des autorités de Moutier et du MAJ d'actionner un bras de levier. Ils ne cherchent qu'à endormir la conscience des autonomistes votant à Moutier.»

Pierre-Alain Droz avance alors un scénario qui lui fait peur. «Imaginez que le oui l'emporte dans deux semaines à Moutier, qu'un député demande au Grand Conseil bernois de mettre sur pied le cadre juridique susceptible de favoriser le transfert cantonal de la ville, et que le parlement bernois l'accepte. Je sais qu'à Berne, certains disent: «Moutier veut partir, qu'elle parte!» Tout pourrait aller très vite, sans laisser le temps au reste du Jura-Sud de comprendre ce qui se passe. Résultat: Moutier aura quitté le canton de Berne, abandonnant le reste du Jura bernois. On aura vite oublié l'idée du levier! Je refuse qu'on hypothèque le dialogue qui s'est ouvert; et que, par opportunisme, on délaisse la solution globale de la Question jurassienne.»

Les autonomistes s'invectivent

Pierre-Alain Droz ira donc voter non le 29 novembre.«Un non ponctuel, à une mauvaise question.» Ne craint-il pas d'être accusé de traître? «On nous reproche d'être vendus à Berne, des stipendiés, de faire le jeu des antiséparatistes. Plutôt que de s'invectiver entre autonomistes, il aurait mieux valu engager un débat entre nous. Mais les ayatollahs ont décidé de lancer le train du transfert de Moutier, quoi qu'il arrive. En nous demandant de ne pas nous mettre en travers. Comment voulez-vous alors débattre?»

A Moutier, entre autonomistes, on s'invective. Les uns accusent les autres de malhonnêteté intellectuelle, de distribuer «d'infâmes torchons», dit Pierre-Alain Droz, les autres critiquent tel manifeste, dans lequel sont abordées «des questions orientées ou des arguments faux», dénonce le maire. La politique en faveur du transfert cantonal est-elle mise en danger par l'équipe de Pierre-Alain Droz? «Je ne le pense pas, répond Maxime Zuber. Je n'imagine pas que quelques mécontents renversent une progression autonomiste constante à Moutier depuis 1982. La Question jurassienne a toujours avancé à coups de boutoir. Seul le vote du 29 novembre est à même d'accélérer les choses.»

«C'est un dangereux jeu de guerre où nous allons tous y perdre, quelle que soit l'issue du scrutin, surenchérit Pierre-Alain Droz. Nous n'aurions pas dû aller à ce jeu de massacre qui menace la paix revenue dans notre région.»

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