Le Conseiller aux Etats Vert Robert Cramer a porté l’étendard du camp du non à l’agrandissement du Musée d’art et d’histoire. Le président de la section genevoise de Patrimoine Suisse appelle les autorités de la Ville à prendre leurs responsabilités.

Le Temps: Quelle est votre analyse du résultat?

Robert Cramer: Les autorités municipales n’ont pas été capables de proposer un projet rassembleur. C’est le premier point. Quand vous vous lancez dans une telle entreprise, avec des investissements aussi importants, vous devez réunir tous ceux qui ont quelque chose à apporter et à dire, même les opposants. Comme Conseiller d’Etat, j’ai toujours fait en sorte d’intégrer ceux qui étaient en désaccord avec un projet. Je déplore donc la méthode des autorités. Quant au résultat, il est douloureux. On est allé trop loin inutilement.


Existe-t-il un plan B que porteraient les opposants?

Les autorités doivent faire leur travail et ce travail consiste à entretenir le bâtiment. Je vous rappelle qu’il est classé et considéré, que vous l’aimiez ou ne l’aimiez pas, comme important. Le devoir du propriétaire, c’est-à-dire de la Ville, est de le rénover au plus vite. Plus on attend, plus ça coûtera cher à la collectivité.


Mais Patrimoine Suisse a proposé en cours de campagne d’investir la butte de l’observatoire. Défendez-vous toujours ce scénario?

Commençons par rénover. S’il y a des gens qui estiment que le MAH a besoin d’espaces d’exposition supplémentaires, il faut qu’ils le justifient en fonction d’un projet muséographique. Or celui-ci a fait cruellement défaut pendant la campagne. Si la nécessité de l’agrandissement est démontrée, on pourra lancer un concours. En rappelant que les solutions ne devront pas porter atteinte au bâtiment.


Moins de 2% des pièces du MAH sont exposées actuellement. N’est-ce pas regrettable?

Je vais vous donner un exemple, celui de la Fondation Bodmer à Cologny, qui est l’un des plus beaux musées du livre au monde. Il n’expose que 400 ouvrages, sur une collection qui en compte, d’après ce qu’on me dit, près de 160 000. C’est le meilleur qui est présenté au public. Le raisonnement vaut pour le MAH. Si vous avez en dépôt cent pièces de monnaie romaine et que vous n’en montrez que dix, les plus intéressantes, les plus belles, où est le problème? Je le répète, il faut un projet muséologique.


Ce non torpille aussi un partenariat public-privé. Est-ce une formule à laquelle vous êtes favorable?

Ce type de partenariat a un coût. Il est important qu’on sache clairement ce que chaque partie paiera. Or dans le cas présent, on savait ce que la Fondation pour l’art Gandur apportait, mais pas ce que cela allait coûter à la collectivité. On n’a pas monétarisé ce que représente la mise à disposition de bureaux, d’une salle de conférence, les assurances etc. Ce contrat était unique au monde!


Le partenariat avec Jean Claude Gandur a pourtant été lancé par le Vert Patrice Mugny, alors Conseiller administratif responsable de la Culture jusqu’en 2010. Le parti écologiste et vous-même, vous vous êtes prononcés contre. N’est-ce pas déroutant?

Patrice Mugny est un volontariste, qui aime que les choses aillent de l’avant. Il était dans l’optique «ça passe ou ça casse.» Comme ça a cassé, il faut se remettre au travail.


Vous êtes prêt à vous asseoir autour d’une table?

Bien sûr que oui. Nous sommes à disposition, même si notre rôle est d’abord de préserver le patrimoine.

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