Pour contrer le déferlement des 40 tonnes (contingent de 400 000 trajets/an négocié avec l'UE), le Conseil fédéral parie sur l'essor du trafic combiné (chargement de containers ou de remorques sur wagons). Mais les 200 millions de subventions qu'il promet sont déjà largement hypothéqués. Le leader du trafic combiné, la société tessinoise Hupac associée aux CFF, engrange en effet déjà 115 millions par an. Une bonne partie de cette somme est engloutie par une forme rudimentaire de transfert route-rail: l'«autoroute roulante» du Gothard, soit le chargement de camions entiers de frontière à frontière. Or, les exploitants sont les premiers à avouer que cette «solution politique» s'avère particulièrement inefficace. Tout au plus, ces trains permettent-ils de contourner l'interdiction de circuler de nuit. De jour, les chauffeurs préféreront toujours payer le prix du transit par route.

Près de 200 millions ont pourtant été investis pour rénover le tunnel du Lötschberg et permettre le passage de camions de 4 mètres de haut. A la recherche d'un exploitant pour cette seconde autoroute roulante depuis bientôt une année, Moritz Leuenberger n'est pas au bout de ses peines. Avec des offres affichant un coût d'exploitation de 700 francs environ par traversée, imaginez la vertigineuse subvention à accorder pour concurrencer la route (330 francs).

Les deux exploitants potentiels (CFF, Hupac et BLS d'un côté, société régionale de l'autre) sont priés de revoir leur copie. Ou alors il deviendrait moins cher de ne pas exploiter le Lötschberg flambant neuf! Les écologistes, eux, avancent une solution provocante: faire passer à la caisse les gagnants des bilatérales, à commencer par Swissair…

L. R.