Rédacteur à «Das Magazin»

Que signifie la nomination de Bruno Zuppiger comme candidat de l’UDC au Conseil fédéral? Avec Jean-François Rime il formera le ticket de deux candidats officiellement désignés par l’UDC pour reconquérir le deuxième siège au gouvernement. Alors que Rime a peu de chances d’être élu, l’entrée dans la course de Zuppiger risque de changer la donne. Quel est le calcul politique qui se cache derrière sa candidature? Deux observations s’imposent.

Premièrement: l’adoubement de Zuppiger par une majorité de parlementaires UDC, y compris les tenants du dogme blochérien et le maître de Herrliberg en personne, a de quoi surprendre en raison du soutien affiché du candidat à la libre circulation des personnes. Lors des précédentes élections, Blocher s’est fermement opposé à ce que Zuppiger, qui n’a jamais été un homme du sérail, se porte candidat au Conseil fédéral.

De deux choses l’une: soit Blocher, qui n’a eu de cesse d’affirmer que le combat contre la libre circulation était le dossier prioritaire de la prochaine législature, veut placer Zuppiger au gouvernement pour mieux le combattre par la suite, et l’UDC continuera alors son double jeu de parti de gouvernement et de parti d’opposition. Soit l’initiative contre la libre circulation n’a de fait jamais eu d’autre fonction que de mobiliser l’électorat UDC pour le scrutin parlementaire. Etant donné que cette stratégie n’a pas produit les effets escomptés, Blocher pourrait tacitement avoir décidé de ne plus placer la résistance contre la libre circulation au centre de son agenda. Dans ce cas, la nomination de Zuppiger serait l’indice d’un véritable revirement politique.

Deuxième observation: la véritable mission de Zuppiger n’est pas d’attaquer le siège d’Eveline Widmer-Schlumpf. L’UDC va bien sûr l’envoyer au front contre la ministre des Finances, mais de toute façon, il a peu de chance de l’emporter contre la Grisonne populaire et coriace. En désignant Zuppiger comme candidat, l’UDC signale clairement qu’elle a pris acte de cette donne stratégique – et que ce n’est pas parce que Widmer-Schlumpf risque d’être indélogeable qu’elle accepte de renoncer à son deuxième siège. Bien au contraire, l’UDC a choisi d’investir un candidat qui incarne une alternative crédible à Johann Schneider-Ammann. Conciliant, plutôt modéré et proche des associations patronales, Zuppiger est tout à fait en mesure de faire plus de voix que le conseiller fédéral PLR dont le bilan en tant que ministre de l’Economie semble plutôt mitigé.

Du point de vue tactique, le choix de Zuppiger comme candidat semble donc très astucieux. Du point de vue stratégique, il comporte des risques sérieux. Les élections parlementaires ont démontré que la radicalisation perpétuelle n’est plus payante pour l’UDC. Elle doit impérativement modérer son ton si elle veut renouer avec le succès électoral et surtout, elle doit retrouver la capacité de faire des alliances avec les autres partis de droite, notamment avec le PLR.

Voici donc le paradoxe stratégique auquel l’UDC est confrontée: si elle veut conquérir un deuxième siège au gouvernement, elle ne pourra probablement le faire qu’aux dépens du PLR. Mais si elle veut éviter d’encaisser de nouvelles pertes lors des élections à venir, elle doit pacifier ses relations avec les libéraux-radicaux. Le choix de Zuppiger semble indiquer que l’UDC donne la priorité à la reconquête du deuxième siège, quitte à envenimer encore plus ses relations avec son plus proche allié potentiel. La guerre fratricide à l’intérieur de la droite helvétique ne semble pas près de s’arrêter. Elle continuera à être dévastatrice – pour l’UDC tout autant que pour le PLR.