Et si le conseiller national Oskar Freysinger (UDC/VS) s'était mis au yodel? Aujourd'hui l'Association fédérale des yodleurs serait sans doute en pleine tourmente médiatique puisqu'elle touche comme «Autrices et auteurs de Suisse» (AdS), l'association faîtière des écrivains, des subventions annuelles de l'Office fédéral de la culture (OFC). Comme trente-sept autres associations culturelles qui se sont partagé en 2004 la bagatelle de 3,9 millions de francs. Le refus récent d'AdS d'admettre l'écrivain Freysinger dans ses rangs au vu d'opinions politiques jugées trop à droite et islamophobes, a posé la question de son financement public.

En 2004, AdS a ainsi touché 540 000 francs. En vertu de simples directives mais qui devraient bientôt recevoir une base légale dans le cadre de la nouvelle loi sur l'encouragement de la culture (LEC). A l'OFC, on explique que les associations qui souhaitent être subventionnées font leur demande et qu'elles sont acceptées si elles correspondent aux critères prévus. A savoir être «des organisations actives dans l'ensemble du pays et regroupant, dans tous les domaines culturels, des professionnels de la culture ou des acteurs culturels non professionnels». Reste le montant. Il est déterminé, nous explique-t-on au même office, «en fonction des besoins de l'association et de nos propres crédits. Et tout est contrôlé, avec des justificatifs pour chaque dépense. Il ne s'agit pas de financer des projets – c'est plutôt le rôle de Pro Helvetia – mais l'activité statutaire des associations».

Les documents officiels de AdS nous apprennent comment autrices et auteurs dépensent la manne fédérale: «Les subventions de l'Office fédéral de la culture sont redistribuées en premier lieu aux membres actifs sous forme de prix, de bourses de travail destinées à des textes en création «ainsi que sous forme de compléments d'honoraires accordés pour des lectures publiques, des publications dans des journaux ou des textes de fiction publiés et des pièces de théâtres jouées». Concrètement, si lors d'une de ces prestations, l'autrice ou l'auteur est rémunéré en dessous des barèmes fixés par AdS, l'association compense la différence. AdS d'autre part «met à leur disposition un avocat pour la défense de leurs intérêts professionnels» et dispose «d'un appartement à Paris et à Dubrovnik et d'une maisonnette à Berlin, qu'elle loue à ses membres à un tarif réduit». Ultime précision: «Tous les membres peuvent bénéficier de ces aides financières à condition que leur revenu ne dépasse pas une certaine limite.»

En fait, comme l'explique le secrétaire d'AdS Peter Schmid, sur les 540 000 francs de subventions seuls 250 000 sont directement redistribués aux membres, le reste – c'est-à-dire la moitié – étant absorbé «par le travail politique, le service juridique, le fonctionnement de la société – comité, groupe de travail, assemblée, loyer, secrétariat etc.». Trois personnes travaillent au secrétariat: Peter Schmid lui-même, employé à 60%, ainsi que deux secrétaires. L'OFC avait d'ailleurs vivement encouragé la fusion entre le Groupe d'Olten et la Société suisse des écrivains, qui allait donner naissance à AdS, au motif que les frais de fonctionnement s'en trouveraient réduit, avec un seul secrétariat au lieu de deux. «Il faut quand même dire, ajoute Peter Schmid, que nous dépensons la plus grande partie de nos subventions pour des prestations envers nos membres et pour le service juridique ainsi que pour mener une politique d'encouragement à la création littéraire qui bénéficie à tous écrivains dans toutes les parties du pays, qu'ils soient membres ou non de notre association. Nous redistribuons l'argent avec le plus grand soin.»

N'empêche: selon le rapport 2003 de l'OFC, les écrivains sont les plus gourmands avec 539 400 francs de subventions, suivis par l'Association suisse des musiciens (338 000), Visarte – société des artistes visuels – (289 800), l'Association suisse de théâtre pour l'enfance et la jeunesse (217 300), l'Association faîtière suisse des professionnels de la danse (193 300), l'Association artistes – théâtres – promotion Suisse (178 900), le Conseil suisse de la musique (174 000), l'Association suisse des créateurs de théâtre (174 000) l'Association suisse des réalisateurs et réalisatrices de films (149 700) et la Vereiningung Schweiz. Berufsverbände des Tanzes (145 000). A noter que la musique et le théâtre sont les disciplines, avec respectivement 1,07 et 1,05 million, qui absorbent le plus de subventions et sont également les plus dispersées: 14 associations pour la musique, 11 pour le théâtre. L'association la plus modeste – celle des orchestres à plectre et des joueurs de guitare – ne touche que 5000 francs.

Aujourd'hui pourtant tout ce petit monde est en émoi: l'OFC a fait savoir que dès l'an prochain, «suite au programme de réduction du déficit de la Confédération», les subventions baisseraient de 25% en moyenne, avec des amputations pouvant aller, pour certaines associations, jusqu'à 45%. AdS ne s'en sort pas trop mal, avec 18% de baisse. Le 24 novembre dernier, vingt-neuf des trente-sept associations subventionnées, se sont fendues d'une protestation écrite exigeant que l'aide de l'OFC «soit maintenue à son niveau actuel de 3,8 millions». Selon les signataires ces coupes claires obligeraient les associations culturelles «à remettre leurs structures en question» ou pourraient même les amener à disparaître». Et si Oskar Freysinger, qui a fait ses premières apparitions publiques comme chansonnier, s'en était tenu au plectre et à la guitare?