Fin de matinée le 8 avril dernier aux HUG. Un ressortissant russe est le premier patient transféré à l’unité C des soins intermédiaires Covid-19, ouverte le matin même. Il se trouvait auparavant en soins intensifs sous respirateur. Il a été extubé, mais son état nécessite encore une surveillance permanente.

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Masque et lunettes sur le visage, en surblouse et charlotte sur les cheveux, les personnels médical et infirmier s’affairent autour du malade. Un respirateur demeure à portée au cas où.

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Bureaux administratifs transformés

Trente-cinq au total sont disponibles dans le service, «des Hamilton qui appartiennent à l’armée suisse», indique Valentin Gigon, un infirmier. A la mi-mars, cette aile du 6e étage des HUG accueillait encore des bureaux administratifs. En quinze jours, un service de 40 lits découpé en quatre unités – C, D, E, F – y a été aménagé et est désormais fonctionnel.

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Sandra Roufet, cheffe de projet à la direction des soins, raconte: «Le 18 mars, on m’a demandé de monter au 6e. Des ouvriers vidaient encore les bureaux. On m’a dit: voilà, on va ouvrir ici un service de soins intermédiaires pour soulager les soins intensifs. Il y avait tout à faire. J’ai travaillé avec des architectes, des logisticiens, du personnel des ateliers qui ont installé des arrivées d’oxygène, des électriciens qui ont percé les plafonds pour tirer 300 mètres de câbles et des collègues soignants venus en appui. J’ai eu l’impression parfois d’être devenue une cheffe de chantier.»

Elle enchaîne: «Les équipes ont travaillé ici 24h/24, ce fut un moment intense, très fort à vivre.» Grégoire Bula, responsable des équipes de soins, détaille: «Il a fallu équiper entièrement les chambres avec des lits, scopes, ordinateurs, pieds à perfusion, pousses-seringues, habillages pour les soignants, mais aussi des chaises, des cuvettes, des crayons et des gommes. L’équipement, c’est le nerf de la guerre.»

72 amendes pour des réunions

Le 30 mars, le premier patient était accueilli. Treize y sont actuellement soignés. Ils sont en sevrage d’intubation après plusieurs jours plongés dans le coma, d’autres pourraient, au besoin, être dirigés rapidement vers les soins intensifs. La bonne nouvelle est donc que les trois quarts des lits sont encore disponibles.

Le professeur Bernhard Walder qui codirige ce nouveau service confie: «L’Italie a servi de leçon. Nous avons compris qu’il fallait anticiper. Mieux vaut un service vide de patients et plein de matériels que l’inverse.» Il poursuit: «Nous craignons un relâchement de la population durant les vacances de Pâques et une nouvelle flambée de Covid-19.» Inquiétude partagée par l’ensemble des personnels soignants rencontrés même si les polices cantonales ont observé durant le week-end pascal un confinement «globalement respecté».

A Genève, 72 amendes ont été cependant infligées samedi pour des réunions en surnombre. Par ailleurs, 17 nouvelles personnes ont été hospitalisées aux HUG tandis que le nombre de tests positifs (58) dans le canton est reparti à la hausse après quatre jours de baisse. Des chiffres qui incitent à la prudence.

Travail continu de douze heures

Cent soixante infirmières et aides-soignantes ont rejoint les quatre nouvelles unités des soins intermédiaires. Elles sont détachées de leur service, viennent de la chirurgie, de la pédiatrie, de la gérontologie, de la médecine interne, etc. Ce qui implique des formations dispensées sur place. «Elles sont multiples, cela va du soin de trachéotomie à l’assistance par ventilateur en passant par la maîtrise du matériel informatique et l’habillage si spécifique dans ce type d’unité», relève Grégoire Bula.

Valentin Gigon, en poste auparavant en infectiologie et qui a pris en charge les premiers cas de Covid-19 reçus aux HUG, a piloté ses collègues. L’ensemble de l’équipe est passé aux horaires de travail continu pendant douze heures, de jour comme de nuit. Mais dans le contexte actuel, les dépassements sont quasi quotidiens. Père d’un enfant de 2 ans et d’un bébé de 2 mois, Grégoire Bula qui habite Vevey confie: «Je me lève à 4h et je suis de retour chez moi vers 23h. Je ne prends pas la voiture car il y a trop de risque à cause de la fatigue. Dans le train, je peux au moins dormir.»

Sandra Roufet qui vit à Annecy prend la route afin d’être à 6h45 dans son service: «Des hôtels ont été réquisitionnés pour le personnel des HUG, mais je tiens à rentrer chaque jour pour voir ma famille. C’est important pour le moral.» Les proches sont-ils inquiets? Réponse quasi unanime: «Nous sommes sans doute les mieux placés pour savoir quelles sont les conduites à tenir, que ce soit au chevet du malade ou bien chez nous.»