Yvan Perrin aime les symboles. Le conseiller national UDC a lancé jeudi sa campagne pour l’élection au Conseil d’Etat au restaurant Le Desperado, à Neuchâtel. Un choix idéal pour l’ancien policier qui se présente en redresseur de torts: il a souligné sa certitude de pouvoir être élu dès le premier tour le 14 avril prochain, au vu, notamment, du faible bilan du gouvernement actuel. «L’équipe sortante ne fait pas forcément envie», souligne celui qui se donne «60% de chances» de siéger au Château (LT du 18.01.2013).

Face aux médias, Yvan Perrin a commencé par évoquer longuement son état de santé. Un choix dicté par l’actualité: le jour même, un article du Matin révélait qu’il avait été hospitalisé en urgence le 19 décembre dernier. Le candidat a tordu le cou à la rumeur laissant entendre qu’il avait abusé de boissons alcoolisées. Il a indiqué que cette alerte, connue de la direction du parti, avait un lien direct avec son burn-out de janvier 2010. «J’étais chez moi, j’ai ressenti les mêmes symptômes, avec une boule au ventre qui ne disparaissait pas, même quand je me couchais. Du coup, j’ai fait de l’autoallumage, j’ai paniqué. J’ai appelé l’ambulance.»

Le contrôle effectué à l’Hôpital de Pourtalès, à Neuchâtel, «n’a rien révélé d’anormal». Le candidat reste néanmoins prudent. «Je garde une hypersensibilité depuis mon burn-out. Je suis suivi par un spécialiste. La fragilité est là. Je suis tombé une fois dans le trou. Je sais que je dois éviter de m’en approcher de trop près. Sachant cela, à la population neuchâteloise de dire si elle veut me faire confiance.»

Le comité directeur de l’UDC neuchâteloise a eu «de sérieuses discussions» sur la question avant de donner son feu vert à la candidature de son président emblématique. «On fait confiance aux gens, martèle le chef de campagne du parti, Walter Willener. Yvan Perrin nous a donné toutes les assurances qu’il pouvait mener une campagne digne et efficace et qu’il était prêt à assumer la fonction.»

Depuis le 21 décembre, le candidat Perrin envoie tous les jours un SMS à son comité de campagne. Pour transmettre des informations sur son agenda politique, mais aussi pour donner l’assurance qu’il va bien. «C’est normal que des garanties me soient demandées», estime-t-il. Que se passera-t-il s’il oublie d’envoyer le message quotidien? «Ma cousine viendra sonner à la maison», élude l’élu de La Côte-aux-Fées, sourire en coin.

Cette mise au point faite, Yvan Perrin a présenté son programme politique comportant «huit priorités et quarante idées fortes». Il insiste sur la nécessité «de réorienter la police vers ses missions de sécurité», en raison des cambriolages en cascade sur le Littoral et des braquages de sociétés horlogères dans les Montagnes. Sur cette thématique, qu’il connaît par cœur, il s’autorise ses seuls propos musclés, faisant un lien direct entre la recrudescence des cambriolages et les requérants d’asile du centre de Perreux.

Concernant le taux de chômage, «le plus élevé de Suisse», Yvan Perrin évite les amalgames: il ne s’en prend pas aux 10 000 frontaliers français qui entrent dans le canton tous les jours mais plaide pour «une meilleure adéquation entre la formation et les besoins des entreprises».

L’ancien vice-président de l’UDC suisse a tenu le même discours consensuel en matière énergétique, se disant prêt à accueillir des éoliennes tout près de chez lui. «Il faut les installer là où elles font sens, c’est-à-dire là où il y a du vent.» Un pragmatisme de terrien qui transparaît dans son slogan de campagne «Yvan Perrin, le bon sillon pour notre canton». L’occasion d’une pointe contre le gouvernement sortant: «Quand on manie mal la charrue, la récolte ne peut pas être bonne.»

Une attaque isolée: l’UDC pouvant potentiellement s’allier au PLR en cas de deuxième tour, Yvan Perrin a ménagé la majorité gouvernementale. Walter Willener a taillé un costard aux deux seuls sortants qui ne se représentent pas, la socialiste Gisèle Ory et l’ancien libéral-radical Claude Nicati. Le PLR Philippe Gnaegi a même reçu les félicitations du jury. Un accord électoral aurait-il déjà été signé? «Cela a seulement été évoqué de manière informelle, indique Walter Willener. Si Yvan devait devancer le troisième PLR de 200 voix le 14 avril, pensez-vous qu’ils le sacrifieront, surtout si c’est un sortant?» Silence entendu. «Je vous laisse répondre à la question.»

«C’est normal que des garanties me soient demandées»