Qu'il pleuve ou qu'il vente, ils sont fidèles au poste. Chaque samedi matin, partisans et opposants au projet de fusion des communes de Peseux et Corcelles-Cormondrèche tiennent un stand devant la Migros de Peseux, haut lieu du commerce local. Eloignés de quelques mètres, les deux camps se regardent en chiens de faïence. Et pour cause: la campagne en vue de la votation de ce dimanche a viré à l'aigre ces dernières semaines. Les attaques personnelles se sont succédé, incitant les deux exécutifs à lancer un appel au calme.

Ce contexte tendu illustre l'importance du scrutin pour les 10000 habitants des deux communes situées aux portes de Neuchâtel. Si elle voit le jour, le 1erjanvier 2009, la Mairie de la Côte deviendra la quatrième commune du canton, derrière La Chaux-de-Fonds, Neuchâtel et Le Locle. Elle constituerait le premier mariage réussi depuis 1929 et le rattachement de La Coudre à la commune de Neuchâtel.

Coefficient fiscal «irréaliste»

Du côté du stand du «non», on n'est guère séduit par la perspective d'entrer dans l'histoire. Président des Jeunes radicaux neuchâtelois et membre du Conseil général (parlement) de Peseux, Ludovic Droz, 24 ans, met en cause la crédibilité du projet. Selon lui, les exécutifs des deux communes - qui soutiennent la fusion - ont embelli la réalité. «Le projet prévoit un coefficient fiscal de 65, soit beaucoup plus bas qu'aujourd'hui (ndlr: 72 à Corcelles-Cormondrèche et 67 à Peseux). C'est irréaliste.»

Autre critique récurrente des opposants: si le projet aboutit, l'exécutif de la Mairie de la Côte sera composé de professionnels à 50% qui toucheront 90000 francs bruts par an, selon les termes de la convention de fusion. «Pour un mi-temps, c'est beaucoup. D'ailleurs, certains partisans du projet s'engagent avant tout car ils rêvent de siéger au Conseil communal», note le Jeune radical en jetant un regard entendu sur le stand voisin.

Derrière le stand des pro-fusion, justement, un autre radical s'active. Pas n'importe lequel: Raphaël Comte, 28 ans, conseiller général à Corcelles-Cormondrèche et président du parti cantonal. Interrogé sur d'éventuelles ambitions personnelles, il réfute avec énergie. «Ce n'est pas à l'ordre du jour. Je privilégie mes études et j'envisage d'aller faire un ou deux semestres à l'extérieur du canton, probablement en Suisse alémanique. C'est difficilement conciliable avec une activité de conseiller communal.»

Raphaël Comte assure que les deux communes «ont tout à gagner» d'un mariage. Dans le désordre, il évoque «la baisse du coefficient fiscal», «le maintien de l'identité propre à chaque village» et «la réalisation d'économies d'échelle». Pour défendre ce dernier point, des experts de l'Idheap et de Compas Management ont pris en considération les comptes 2003 des deux villages, et ont calculé quelle aurait été la situation avec une seule commune. Résultat: une réduction des charges de 5,1 millions de francs (10,7%) et des prestations renforcées, notamment en matière de culture, sport et accueil de la petite enfance.

Les opposants rejettent l'argument en soulignant que les choses - et les chiffres - ont changé en quatre ans. Comme ils savent qu'ils peinent à convaincre, ils agitent une proposition surprenante: voir plus grand et fusionner avec Neuchâtel. «Là, au moins, nous y gagnerions», considère Ludovic Droz.

Un défi cantonal

Si elle ressemble à un écran de fumée, la proposition constitue le grand défi de demain pour le Littoral neuchâtelois et, par extension, pour le canton tout entier. Habituées à une autonomie devenue très relative, les 62 communes neuchâteloises doivent apprendre à travailler ensemble. Pour favoriser les synergies, le Conseil d'Etat a lancé le projet de Réseau urbain neuchâtelois (RUN). Avec une idée simple: réunir des groupements de communes derrière des projets communs.

Le gouvernement à majorité rose-verte espère que ces rapprochements encourageront les communes à fusionner. Pour les aider à faire le pas, il a créé un fonds spécial en utilisant une partie de la part cantonale de l'or de la BNS. En cas de succès, la Mairie de la Côte touchera 4,1 millions de francs.

Dix autres projets impliquant 36 communes sont en cours à des stades d'avancement différents. Deux seront soumis au peuple le 24 février prochain: Marin-Epagnier et Thielle-Wavre ainsi que neuf communes du Val-de-Travers reparties au combat après l'échec, en juin dernier, du mariage à onze. Chef du Service des communes, Pierre Leu attend les résultats des trois consultations populaires avec impatience: «Le succès d'un projet n'est pas seulement important pour les communes concernées. Comme on l'a vu à Fribourg, la force de l'exemple est souvent décisive.»