Genève

Aux TPG, les frontaliers sont plus souvent malades que les résidents

Un rapport interne met le doigt sur un chiffre politiquement sensible: le taux d’absentéisme est de 20% supérieur parmi le personnel domicilié en France. Les Transports publics genevois tentent de comprendre et de corriger le tir

Le constat est quelque peu embarrassant. Dans les Transports publics genevois (TPG), le taux d’absentéisme est de 20% supérieur parmi le personnel frontalier à celui des employés résidents. Un tout récent rapport interne, que le Temps s’est procuré, le dévoile.

Que l’absentéisme gangrène certains services de l’Etat, on le savait. Et c’est à la faveur de ce problème chronique que le conseil d’administration des TPG a découvert ce chiffre, politiquement très sensible. Devant un taux général d’absentéisme à 9%, encore trop éloigné des 7% visés par la régie semi-publique, le conseil d’administration avait requis des détails à fin juin. Il n’avait sans doute pas prévu cette désagréable surprise. Pour autant, pas question de prendre des mesures radicales, «puisque la sécurité des usagers est notre absolue priorité», insiste Anne Hornung-Soukup, présidente du conseil d’administration, en poste depuis le premier juillet.

On apprend aussi dans ce rapport que parmi les frontaliers, les bénéficiaires de permis G sont un peu plus souvent absents que les Suisses résidant en France. Et que 60% des absences correspondent à des maladies de plus de 30 jours. Les différents services ne sont pas touchés par l’absentéisme dans la même mesure: si on déplore le plus haut taux parmi le personnel de conduite (9,8%), il baisse à 6,3% au sein du domaine finances et gestion, et à 1,6% à la direction des infrastructures et des bâtiments.

«Pas d’explication précise»

Comment expliquer que les frontaliers soient plus souvent portés pâles que leurs collègues genevois? «Nous n’avons pas d’explication précise, admet Anne Hornung-Soukup. Mais franchement, 20% de différentiel c’est assez peu, même si nous allons tout de même creuser cette donnée pour comprendre.» Il faut dire que les TPG font office de pionnier à Genève en réclamant une analyse détaillée.

Ce qui fait dire au directeur des ressources humaines, Nicolas Charbonnier: «Nous ne savons pas si ce différentiel existe depuis longtemps, puisque c’est la première fois que ce chiffre nous a été demandé. Il convient donc de le prendre avec des pincettes. L’entreprise a traversé des périodes chahutées en raison d’une forte croissance ainsi que de nombreux changements organisationnels. Mais nous œuvrons avec vigueur et rigueur pour retrouver une dynamique positive et surtout de la sérénité.»

Thierry Cerutti, MCG et membre du conseil d’administration, lâche, lui, une hypothèse qui risque d’en heurter plus d’un: «Nous n’avons pas de réponse définitive à ce stade. Mais peut-être est-ce dû à la culture française, différente de la nôtre, basée sur les 35 heures. On observe aussi que certains employés croient qu’ils ont droit à être malade, et que s’ils ne l’ont pas été, ils vont récupérer des jours.» De son côté, l’UDC Céline Amaudruz, membre du conseil d’administration et présidente de la commission des ressources humaines, est plus prudente: «Difficile de conclure que la mentalité est en cause. En revanche, on ne peut pas accepter une telle dérive. Ce chiffre renforce notre position qui consiste à préférer engager des résidents.»

Une main-d’œuvre indispensable

De fait, c’est déjà le cas au sein de la régie, qui depuis deux ans a intégré l’Office cantonal de l’emploi dans son bassin de recrutement: «Mais si nous mettons l’accent sur les résidents et les chômeurs, nous ne saurions nous passer de frontaliers, car nous ne trouvons pas assez d’employés dans le canton», relève Anne Hornung-Soukup. Les TPG emploient 1900 personnes, dont 1200 conducteurs. Les résidents en France (Suisses et permis G) sont 44%, ventilés dans des proportions identiques au sein des conducteurs et de l’administration, les résidents genevois 52% et les résidents d’autres cantons 4%.

L’absentéisme n’est pas une soudaine préoccupation de la régie. En décembre dernier, celle-ci mettait sur pied le «programme santé et absentéisme au travail», un système d’encadrement et d’écoute pour prévenir les absences et renforcer le bien-être au travail. Depuis l’entrée en vigueur de ce programme, l’absentéisme a baissé de 9,8% à 9%, dans une proportion semblable pour les résidents et les frontaliers. «Cette baisse démontre que nous sommes sur le bon chemin», estime Anne Hornung-Soukup.

Un optimisme que ne partage pas Céline Amaudruz: «Disons plutôt qu’on a réduit la catastrophe.» Car le coût de l’absentéisme se mesure: gagner 1% revient à économiser 3 millions de francs. A l’heure où les TPG sont contraints à des mesures d’économies, après la votation en 2014 qui avait entraîné une baisse du prix des billets, cet apport potentiel ne serait pas à dédaigner.

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