Avec le Norway, ex-France, il possédait encore récemment le plus grand paquebot du monde. Aujourd'hui il rachète remontées mécaniques et hôtels aux Diablerets. L'industriel norvégien Kristian Siem est le principal investisseur d'un groupe qui promet d'assurer la viabilité de la station vaudoise.

- Le trio du «vrai village»

La société «Diablerets vrai village de montagne (DVVM)» a annoncé cette semaine le succès de son offre d'achat sur la télécabine d'Isenau. Outre l'homme d'affaires scandinave, on trouve autour de la table les banquiers genevois de Picciotto et un ancien notable radical du tourisme vaudois, Pierre Schwitzguebel. L'objectif: racheter les deux sociétés de remontées mécaniques, deux hôtels et créer un nouveau complexe au centre du village. La mise: 18 millions de francs.

Pierre Schwitzguebel, qui habite aux Diablerets, joue le rôle de cheville ouvrière. L'ancien patron de Lausanne Tourisme, dont il lâche ce jeudi même la présidence, fut en son temps le malheureux chef de campagne pour des JO d'hiver à Lausanne. «J'ai recherché des personnalités pouvant être intéressées par un projet de tourisme intégré, explique-t-il. Il fallait faire quelque chose vu les craintes qui pesaient sur la station.»

- Un sauveur si discret

Les Diablerets sont confrontés à un coûteux besoin de renouvellement de leur offre sportive et hôtelière. La société des remontées du glacier, Glacier 3000, constitue un cas à part. Elle a été reprise en 2005 par des investisseurs basés à Gstaad. Kristian Siem a été suffisamment séduit par le projet pour devenir l'actionnaire majoritaire de DVVW. Domicilié à Londres, il aurait eu un véritable coup de foudre pour la vallée des Ormonts où il a un chalet. Kristian Siem, 57 ans, est PDC des groupes Siem Offshore et Siem Industries (transport maritime et pétrole). Il a également été le patron de la Norwegian Cruise Line, la compagnie qui avait racheté le France en 1979.

Dans la station vaudoise, cet investisseur providentiel s'est surtout fait remarquer par sa discrétion. Ni le syndic ni le directeur de l'Office du tourisme ne l'ont encore rencontré.

- L'affaire d'Alexandra

Le banquier René de Picciotto n'a pas d'attache particulière dans le coin. Mais il préside le conseil d'administration du Lausanne Palace, où Pierre Schwitzguebel siège également. A Genève, il est le président de la SG Private Banking, la filiale pour la gestion de fortune de Société Générale. A ne pas confondre avec l'Union Bancaire Privée, qui appartient à une autre branche de la famille.

«En réalité, cet investissement aux Diablerets est le fait de ma fille, Alexandra, qui se spécialise dans les projets hôteliers», précise le banquier. Le groupe familial de Picciotto détient un tiers de DVVM.

Pierre Schwitzguebel lui-même possède avec son frère l'Hôtel des Diablerets. Ce bien a été vendu à la nouvelle société, dont les deux frères devraient détenir, selon notre estimation, entre 10 et 15%.

- Empire alpestre

DVVM a déjà racheté 64% des actions de la télécabine d'Isenau. Elle veut aussi acquérir Meilleret. Le premier domaine versait encore un faible dividende mais ne pouvait envisager son indispensable modernisation. Le second est au bord de la faillite. DVVM a également repris les hôtels Les Diablerets, Le Chamois et Mon Abri, ainsi que deux restaurants d'altitude. Elle a mené pour toutes ces affaires les négociations avec la Banque Cantonale Vaudoise.

La société a enfin obtenu de la commune une promesse de vente pour un vaste terrain au cœur du village, après s'être engagée à équiper les pistes du Meilleret de canons à neige. L'occupation de ce terrain est encore imprécise. Il est question d'y construire appartements et commerces de standing. Selon les nouveaux propriétaires, la survie de la station est liée à l'arrivée d'une clientèle plus huppée que l'actuelle.

- La méfiance d'abord

Le 29 juin, le Conseil communal se prononcera sur la vente de ses actions et l'abandon de ses créances dans les remontées mécaniques. Le slogan de «vrai village de montagne» choisi par les promoteurs est censé rassurer: Pas question de changer l'esprit du lieu. L'an dernier, la promesse de vente du terrain avait été votée sans opposition. Mais les responsables politiques de la station restent prudents. Un premier sondage au cleonseil était même négatif.

«Je crois que ces projets sont bien perçus dans l'ensemble, mais je ne parlerais pas d'un élan de joie collectif», résume Patrick Mermod, président du conseil d'Ormont-Dessus. La mainmise par un petit groupe d'investisseurs sur les remontées mécaniques et une bonne part du patrimoine hôtelier ne va pas forcément de soi. Avec un capital très dispersé jusqu'ici, les remontées mécaniques étaient souvent perçues comme un bien collectif. L'an dernier, les projets de DVVM ont même poussé le conseiller municipal François Genillard à la démission. Minorisé sur la vente du terrain, il avait préféré reprendre sa liberté.