Dix-sept victimes, 250 à 300 millions de dégâts directs, une centaine de millions de dégâts indirects, la facture des avalanches de l'hiver dernier est sévère. Et pourtant, compte tenu des circonstances, les spécialistes estiment que les régions concernées s'en sont bien tirées et que les systèmes de protection ont fait leurs preuves. Le mois de févier dernier a en effet connu des conditions hivernales exceptionnelles. Entre le 26 janvier et le 25 février, il est tombé plus de 5 mètres de neige sur le versant nord des Alpes. En certains endroits, des valeurs maximales de plus de 8 mètres ont même été enregistrées.

Les Alpes avaient connu un hiver semblable en 1950-1951. En janvier 1951, quelque 1000 avalanches étaient également descendues mais le nombre des victimes s'était élevé à 95, alors que l'espace alpin était beaucoup moins peuplé qu'aujourd'hui. 70 personnes avaient alors trouvé la mort dans des bâtiments, alors que seules 9 des 17 victimes de 1999 étaient dans ce cas. C'est dire les progrès enregistrés depuis lors dans la protection des zones habitées et des infrastructures. Tant la protection des forêts que les ouvrages paravalanches, la planification des risques et les mesures d'organisation ont fait leurs preuves.

Une part de chance

Sans ces mesures il aurait fallu compter avec 400 à 500 avalanches de plus entraînant des dommages, assure Walter Amman, chef de l'Institut fédéral pour l'étude de la neige et des avalanches. Il est vrai, admet-il toutefois, que certains endroits ont également eu de la chance, contrairement à Chamonix en France ou Galtür en Autriche.

Si la gestion du risque présenté par les avalanches est qualifiée de globalement bonne par les spécialistes, des améliorations sont encore nécessaires. Pour des raisons techniques, économiques et écologiques, la construction de nouveaux ouvrages paravalanches n'est pas possible. Dans ce domaine, comme en ce qui concerne les forêts protectrices, il s'agit surtout d'entretenir et de maintenir l'acquis. C'est sur d'autres secteurs que devront porter les efforts. Il faudrait notamment affiner la prévision en améliorant la collaboration entre les systèmes national, régional et local, de même que la circulation de l'information entre les services et organisations concernés. Les responsables régionaux et locaux en matière de sécurité devraient être formés pour devenir de véritables experts en dangers naturels et des aides à la décision devraient être élaborées pour le déclenchement artificiel d'avalanches.

D'une façon plus générale, il faudrait passer de la défense contre les dangers à une véritable culture de la gestion des risques, propose le professeur Laurent Vuillet, membre de la plate-forme nationale «Dangers naturels». La connaissance des processus d'avalanches, crues ou autres, est aujourd'hui bonne. Il reste par contre des lacunes à combler en ce qui concerne la vulnérabilité du territoire et des infrastructures aux dangers naturels, l'évaluation des risques – la recherche est beaucoup plus avancée pour les risques industriels, atomiques et chimiques – et leur gestion.