Le système universitaire suisse, avec ses sept hautes écoles spécialisées, ses deux écoles polytechniques et ses dix universités, n'est plus adéquat à l'heure de la concurrence internationale. Il faut renoncer à ces découpages «historiques» et instituer trois catégories d'écoles, celles qui se profilent au niveau mondial – deux ou trois, au maximum –, celles d'envergure européenne et les écoles nationales. Tel est le plaidoyer de la fondation Avenir Suisse, la «boîte à idées» des multinationales helvétiques.

Ayant été associée au débat sur la hausse des taxes (LT du 21.01.04), Avenir Suisse voulait embrasser le paysage académique dans son ensemble. L'étude, copieusement documentée, a été menée par la vice-rectrice de l'Université d'économie de Vienne, Barbara Sporn, experte en politique universitaire, et Christian Aeberli, d'Avenir Suisse. Après avoir interrogé une vingtaine de responsables académiques et dressé des comparaisons avec les Pays-Bas, l'Autriche et la Grande-Bretagne, les analystes concluent que, malgré la complexité évidente du système, les hautes écoles suisses jouissent d'une bonne autonomie et d'une dotation financière confortable. Mais elles courent le risque de se voir reléguées en deuxième ligue. De plus, avec l'instauration de cursus identiques dans toute l'Europe et des titres harmonisés de bachelor et master, les institutions helvétiques entrent dans l'ère d'une double concurrence: au niveau national, pour les subsides; et à l'échelle européenne, voire au-delà, pour attirer les meilleurs «cerveaux». Or, les auteurs sont convaincus que les étudiants se dirigeront de plus en plus vers les filières prestigieuses, où qu'elles soient. En conséquence, les écoles doivent renoncer à composer leurs filières «selon la logique de l'offre» et se profiler à l'avenir en fonction de leurs marchés, étudiants, ressources et recherches.

«Système trivalent»

Après avoir évalué cinq scénarios allant d'une centralisation fédérale à l'autonomie maximale des établissements, les experts penchent pour un «système trivalent». Le terme a été pêché dans le registre de la chimie (des atomes ou les ions qui peuvent se combiner trois fois) pour sa neutralité, afin d'éviter toute idée de hiérarchie. Les établissements «de structure mondiale» accueilleraient surtout des étudiants en master et se concentreraient sur la recherche de pointe. L'anglais y serait la langue exclusive. L'EPFZ est citée en exemple. Les hautes écoles «européennes» enseigneraient autant en bachelor qu'en master et seraient plutôt orientées sur des formations pratiques. Les auteurs citent l'Université de Genève en modèle. Enfin, les établissements «nationaux» seraient dédiés à la formation professionnelle supérieure, limités au bachelor et peu actifs dans la recherche. Ce qui correspond peu ou prou aux HES, mais Christian Aeberli estime que certaines universités, telles que celle de Lucerne, relèveraient aussi de cette catégorie. Les deux auteurs ne donnent toutefois pas une liste exhaustive des institutions actuelles classées par rapport à leur scénario.

Pour accroître la qualité des écoles, l'étude préconise en outre d'élargir encore leur autonomie, de manière à ce qu'elles fixent le montant des taxes ou les critères de sélection de leurs poulains. Bien qu'ils déplorent la faible proportion d'universitaires en Suisse (19% d'une classe d'âge) par rapport aux autres pays (30% en moyenne dans l'OCDE), les analystes préconisent en effet une sélection sur dossier, dès l'entrée au bachelor, afin de pouvoir «maîtriser la croissance des effectifs», indique Xavier Comtesse, d'Avenir Suisse. Entre autres, le rapport envisage aussi l'institution d'un conseil national des hautes écoles et le regroupement du secteur dans un seul département fédéral.

Ces idées sont énoncées alors que les autorités planchent sur une vaste réforme du système, à l'horizon 2008. Elles ne manqueront pas d'agiter le petit monde académique, car certains recteurs contestent jusqu'au postulat de base des auteurs, l'idée selon laquelle les étudiants feront désormais leur choix en fonction du prestige des écoles. L'Union des étudiants de Suisse a déjà fait savoir tout le mal qu'elle pensait de cette vision «d'une formation à trois vitesses», porteuse d'une «atteinte extrême à l'égalité des chances» et qui reléguerait les écoles dites nationales au rang «d'alibis».