Ils partageaient ce lourd secret depuis six mois. Ceux qui ont participé au massacre gratuit de deux trentenaires, à une heure tardive et dans un endroit peu fréquenté du quartier genevois de Saint-Jean, sont démasqués et auront ainsi l’occasion de se libérer de ce poids. Des arrestations en série ont eu lieu lundi. Selon nos informations, deux majeurs et surtout plusieurs mineurs se trouveraient impliqués dans cette brutale agression. La police a employé de gros moyens, notamment en matière d’analyse de téléphonie mobile, pour espérer résoudre cette affaire.

Mobile encore flou

Le premier suspect à avoir été interpellé est un Genevois de 18 ans. Il est étudiant à l’Ecole de commerce. Selon son avocat, Me Guerric Canonica, le jeune homme «a admis sa participation, il a reconnu avoir porté quelques coups mais il conteste vigoureusement avoir voulu tuer ou être à l’origine des graves lésions subies par les victimes». Il se trouvait avec ses copains du quartier, la plupart mineurs, au moment des faits. Le mobile de ce déchaînement reste encore flou. Le jeune homme n’aurait lui-même pas trop compris le pourquoi de l’agression. Le teint typé des victimes, ou alors le fait que celles-ci aient pu être prises pour un couple gay, n’a pas été évoqué en l’état des auditions.

«Il est soulagé d’avoir pu raconter ce qui s’est passé, il collabore pleinement à l’enquête et regrette ce drame», précise encore Me Canonica. Entendu par le procureur Dario Nikolic, ce mardi, l’intéressé, qui avait d’abord contesté les faits face à la police, est prévenu de participation à tentative de meurtre. Le jeune homme a été placé en détention provisoire à Champ-Dollon en raison principalement des besoins de l’enquête et du risque de collusion. Il ne s’y est pas opposé, ajoute son avocat.

Un autre jeune majeur a été interpellé mardi après-midi par la police. Il sera entendu ultérieurement. La police a aussi procédé à la saisie de tous les téléphones portables des membres de la bande et analysera en détails messages, photos et autres indices.

Deux victimes grièvement blessées

Les victimes, 36 et 37 ans, un Tunisien et un Suisse d’origine haïtienne, sont des amis très proches et menaient une vie sans histoire. Tous deux ont été brutalement agressés et frappés à la tête dans la nuit du 6 au 7 janvier dernier. Une procédure pour tentatives de meurtre a été ouverte tant l’état des deux hommes, grièvement blessés à la tête et abandonnés dans le froid, était grave.

Le premier, rattrapé par les agresseurs alors qu’il tentait de trouver refuge, représenté par Me Simon Ntah, ne guérira sans doute jamais de son traumatisme crânien. Le second, conseillé par Me Laura Santonino, a subi plusieurs opérations. «Il revient de très loin, récupère bien et s’exprime désormais normalement», précise l’avocate.

L’analyse de la téléphonie mobile

Cette agression, d’une rare sauvagerie, a fait travailler la police d’arrache-pied. Des analyses ADN élargies, dites «familiales», ont été menées pour retrouver des profils présentant une similitude avec une trace biologique détectée sur place. Cette recherche, dont le principe a été avalisé par le Tribunal fédéral dans un arrêt de 2015, permet de se rapprocher d’un suspect dont l’empreinte génétique n’est pas répertoriée, grâce à celle d’un proche parent qui serait fiché.

Les interpellations de cette semaine ne seraient toutefois pas liées à cet ADN mais bien plutôt à l’analyse minutieuse de tous les téléphones qui se sont manifestés la nuit en question dans cet espace. Un travail de fourmi.

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