Défense

Les avions de combat mettent 
le cap sur les urnes

Après un débat particulièrement animé, le Conseil national a fini par donner son blanc-seing à l’achat de nouveaux chasseurs. Le couperet final tombera dans les urnes fin 2020

La Suisse a-t-elle besoin de nouveaux avions de combat? Après la réponse affirmative du Conseil des Etats en septembre dernier, le Conseil national a lui aussi estimé par 124 voix contre 68 qu’un renouvellement de la flotte militaire helvétique était nécessaire. Le dossier retourne aux Etats pour régler plusieurs divergences, toutefois il ne fait plus de doute que le projet général sera accepté. Il ne restera alors plus au peuple qu’à trancher le sujet en fin d’année prochaine. Avant de donner son assentiment, le souverain ne manquera cependant pas de se poser quelques-unes des questions évoquées ce lundi sous la Coupole.

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Soulevée par Daniel Brélaz (Verts/VD), l’une d’entre elles occupera à coup sûr le futur débat public: à quoi bon acquérir des avions de chasse s’ils ne servent jamais? «Si un chasseur vient menacer notre espace souverain, c’est qu’il a traversé tous les pays voisins, a souligné le Vaudois. Si cela a été possible, c’est que l’OTAN est mort. Quelle est la plausibilité de ce scénario?»

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Pour le tribun vert, l’acquisition de nouveaux jets ne serait qu’affaire «d’habitude et de prestige». Seul le renforcement du système de défense sol-air trouve grâce à ses yeux. «Bien que là aussi le risque soit infime, un missile pourrait venir menacer le pays. Comme un F/A-18 nécessite 15 minutes pour chauffer, autant investir dans des systèmes plus rapides». Les Verts proposaient de ne pas entrer en matière sur l’objet du jour, sans succès.

Invoquer l’urgence 
du réchauffement climatique

Le Parti socialiste avait, lui, préféré une autre approche: proposer de très importants amendements au projet actuel. A la place d’acquérir de nouveaux jets coûteux, Priska Seiler Graf (PS/ZH) a ainsi proposé de réduire les coûts à 4 milliards maximum, en privilégiant l’acquisition d’avions légers pour les missions de routine, et de prolonger la flotte actuelle de F/A-18 pour les urgences.

En 2018, a souligné la socialiste, l’armée n’a effectué que 16 «hot missions» – des engagements imprévus destinés à intercepter en vol un avion qui viole l’espace aérien suisse ou se trouve dans une situation d’urgence: «De quoi ménager les F/A-18, qui ne seraient plus utilisés que dans ces cas-là.» Impossible, lui a rétorqué Marcel Dobbler (PLR/SG), «le rythme d’utilisation des F/A-18 doit se poursuivre pour permettre aux pilotes de se former». Et puis que faire quand les avions actuels arriveront véritablement en bout de course, a souligné un autre député: «Alors nous y repenserons, a rétorqué la Zurichoise. Mais des thématiques sont actuellement plus urgentes, comme le réchauffement climatique.»

Aucun des arguments avancés par la coalition Verte-socialiste n’aura finalement réussi à s’imposer. «L’achat rapide de nouveaux avions de combat pour assurer la sécurité et la stabilité de la Suisse» défendu par Thomas Hurter (UDC/SH) a très largement triomphé, au plus grand plaisir de Viola Amherd. «Nous avons besoin de ces nouveaux avions de combat, martèle inlassablement la Valaisanne depuis son entrée en fonction en début d’année. Car sans eux, la Suisse ne pourra plus défendre son espace aérien à partir de 2030.»

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Deuxième victoire 
pour Viola Amherd

La conseillère fédérale l’a emporté sur toute la ligne. Outre l’acceptation du dossier général par le Conseil national, elle a en effet décroché une deuxième victoire ce lundi en ce qui concerne les affaires compensatoires – l’engagement contractuel du fournisseur d’investir un certain pourcentage du montant de la vente en collaborations industrielles futures dans l’économie suisse. La cheffe du Département fédéral de la défense propose depuis le début de l’année que cette part s’élève à 60% du coût d’achat des avions, ce que le Conseil des Etats avait repoussé en relevant le taux à 100%. Ce lundi, Viola Amherd est parvenue à convaincre le Conseil national de revenir à sa proposition de départ: 60%. Les prochaines navettes parlementaires diront si cette victoire d’étape sera concrétisée.

En attendant, et comme le dossier général devrait passer la rampe parlementaire, le Parti socialiste et les Verts préparent déjà le lancement du référendum. Celui-ci devrait avoir lieu en septembre ou en novembre 2020. A noter qu’en cas de vote, les Suisses ne se prononceraient ni sur le modèle d’avion ni sur leur nombre mais uniquement sur le principe de l’achat.

La décision finale reviendrait au Conseil fédéral, qui ne rendrait public son verdict qu’une fois connu le scrutin populaire. Après le retrait de Gripen (SAAB), quatre jets sont encore en lice pour décrocher les faveurs du gouvernement: le Rafale (Dassault), l’Eurofighter (Airbus) le Super Hornet (Boeing) et le F-35A (Lockheed-Martin). 

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