Adoptée il y a tout juste douze ans, l'Initiative des Alpes fixait un délai de dix ans pour transférer le trafic marchandises transalpin sur le rail. Ce but ne fut qu'une chimère. Et l'objectif de substitution défini par le parlement en 1999 restera lui aussi hors d'atteinte: il est en effet illusoire d'imaginer que le nombre de camions traversant les Alpes suisses (1,255 million en 2004), descende à 650 000 d'ici à 2009.

Que faire? Le comité de l'Initiative des Alpes et le Département fédéral des transports de Moritz Leuenberger (DETEC) apportent à cette question deux réponses diamétralement opposées.

Agir en trois phases

Le premier nommé demande qu'on fasse le forcing pour y parvenir malgré tout. Il a présenté sa stratégie lundi. Son président, le conseiller national Fabio Pedrina (PS/TI), propose d'agir en trois phases. Dans un premier temps, c'est-à-dire cette année, on vise 1,05 million de poids lourds en renforçant le système de dosage du trafic mis en place au Gothard après le tragique incendie de 2001. Dans un deuxième temps (en 2007), on descend à 900 000 camions en introduisant une obligation de réservation couplée avec le contrôle des véhicules. Simultanément, des aires d'attente sont réintroduites sur certains tronçons autoroutiers, les sanctions sont durcies et les capacités ferroviaires renforcées.

Troisième phase: entre 2008 et 2009, on crée une bourse de transit alpin permettant de mettre aux enchères sur Internet le nombre de trajets encore autorisés sur les routes suisses. Fabio Pedrina propose que le nombre de camions de marchandises admis soit plafonné à 750000 en 2008 puis à 650000 en 2009. L'Association suisse des transports routiers (ASTAG) a immédiatement rejeté cette proposition, qui, souligne-t-elle, pénalisera le trafic intérieur entre le Tessin et le reste du pays.

La stratégie de l'organisation écologiste protectrice de la chaîne alpine contraste avec celle qui est en discussion au DETEC, où l'on ne compte plus guère atteindre le quota fixé pour 2009. Comme le Conseil fédéral l'a annoncé, il présentera cette année une nouvelle loi sur le trafic des marchandises. Il proposera dans ce cadre de reporter une nouvelle fois l'objectif de transfert de la route vers le rail. Comme le tunnel du Lötschberg, qui sera mis en service à fin 2007, ne contribuera que très partiellement à ce transfert, il suggérera d'attendre l'ouverture du Gothard, prévue pour 2015 ou 2016.

Entre 140 et 280 millions

L'encouragement du rail passe aussi par un soutien financier. Le parlement a accepté de subventionner le transport ferroviaire des marchandises à hauteur de 300 millions par an pour les années 2000 à 2009. Pour les années suivantes, Moritz Leuenberger pourrait, selon la NZZ, proposer plusieurs variantes. Celles-ci oscilleraient entre 140 et 280 millions par an.