Suisse-UE

Les avocats de la voie bilatérale reprennent de l’espoir

La future votation sur un accord institutionnel paraissait perdue d’avance. Certes, les partisans de la voie bilatérale peinent encore à se rassembler, mais ils se disent plus optimistes que jamais

Dans un camp, on est prêt. Après que le Conseil fédéral a déclaré qu’il visait un accord institutionnel avec l’UE incluant un tribunal paritaire et autonome d’ici à fin 2018, l’UDC n’a pas tardé à dégainer. «Quel que soit le résultat obtenu lors des négociations, l’UDC dira non», déclare son stratège en chef Christoph Blocher au Blick. Le parti anti-européen, qui a toujours considéré un tel accord comme «une adhésion rampante à l’UE», se réjouit d’en faire un thème majeur lors de la prochaine campagne des élections fédérales de 2019.

Lire aussi: L’UDC, de Christoph à Magdalena Blocher

De leur côté, les partisans d’un tel accord peinent encore à serrer les rangs pour former cette grande coalition de tous les autres partis, condition sine qua non pour remporter la future votation. Si le PS est prêt à foncer, le PLR et le PDC sont beaucoup plus prudents, alors que ces deux partis se sont pourtant toujours fait les champions de la voie bilatérale.

Le PLR souligne certes que «le Conseil fédéral va dans la bonne direction», mais il maintient ses exigences. Entre les lignes, il regrette que le Conseil fédéral ait renoncé à exiger la suppression de la clause guillotine, celle qui fait peser une épée de Damoclès sur le premier paquet d’accords bilatéraux signé en 1999. «La conclusion d’un accord institutionnel avec un tribunal arbitral ne rendrait plus indispensable l’automatisme de la clause guillotine», estime-t-il.

Coup de semonce et réveil des consciences

On ne sent pas non plus un enthousiasme délirant au PDC. Certes, celui-ci salue que le Conseil fédéral se soit «enfin accordé» sur une stratégie, mais il insiste sur un point crucial pour lui: «Il n’y a pas d’urgence. Ce qui importe, c’est un bon résultat servant les intérêts de la Suisse», souligne son président Gerhard Pfister. Or, ce n’est pas précisément ce que pense le nouveau patron des Affaires étrangères Ignazio Cassis, qui veut profiter d’une fenêtre d’opportunité avant que ne commence vraiment la procédure de divorce entre l’UE et la Grande-Bretagne.

«Si le Conseil fédéral obtient un accord n’ayant aucune chance d’être accepté par le peuple, nous ne ferons que perdre du temps», explique Gerhard Pfister. Lequel attend aussi un plus fort soutien des milieux économiques. «Les associations économiques ne parlent pas encore d’une seule voix. J’attends d’elles des preuves tangibles qu’elles sont prêtes à se battre», ajoute-t-il. Le président du PDC se dit cependant confiant: «Si nous obtenons un bon accord avec l’UE, je suis convaincu que nous pourrons gagner cette bataille face à l’UDC.»

Sous la Coupole, peu nombreux sont ceux qui l’avouent. Mais le coup de semonce de l’UE, qui n’a accordé à la Suisse l’équivalence boursière que pour un an en décembre dernier, a provoqué un électrochoc. «J’ai noté un réveil des consciences», note Tim Guldimann (PS/ZH). Christa Markwalder (PLR/BE) confirme: «Auparavant, beaucoup de gens pensaient que le fait de tergiverser sur l’accord institutionnel ne porterait jamais à conséquence. On s’est aperçu que c’est le contraire qui est vrai. Le parlement a remarqué qu’il y avait urgence à faire avancer ce dossier», note-t-elle.

«Arrêter d’avoir peur de l’UDC»

C’est la raison pour laquelle l’optimisme est revenu dans le camp des avocats de la voie bilatérale. Dans tous les partis, on se réjouit du fait qu’Ignazio Cassis ait désormais abandonné son bouton «reset» – il n’a pas prononcé ce mot une seule fois ce lundi lors de sa conférence de presse – et qu’il ait enfin enfilé son costume de ministre. «La situation est meilleure que jamais face à l’UDC», se félicite le chef de groupe du PS Roger Nordmann. «Le Conseil fédéral a désormais une stratégie claire et tout le monde a compris qu’un accord institutionnel basé sur le droit est dans l’intérêt de la Suisse. Sinon, la force et l’arbitraire s’imposeront, et ce sera toujours en notre défaveur», ajoute-t-il.

«Nous devons arrêter d’avoir peur de l’UDC dans ce dossier», relève pour sa part Guillaume Barazzone (PDC/GE). C’est cela qui a fondamentalement changé en moins de deux mois au sein de cette grande coalition qui s’amorce. Le discours de l’UDC, qui terrorisait voici peu ses adversaires en brandissant le spectre des «juges étrangers», a perdu de son effet.

En fin de compte, c’est la volonté de maintenir la voie bilatérale qui sera décisive. «Or, le bilatéralisme conserve un large soutien dans la population», affirme la cheffe de groupe des Vert’libéraux Tiana Angelina Moser. «Nous saurons expliquer que cet accord est important non seulement pour l’économie, mais aussi parce que nous appartenons à la même communauté de valeurs, qui touchent aussi la formation et la culture.»

Publicité