A peine la nouvelle avait-elle fait le tour des milieux culturels que les représentants des artistes fomentaient un coup.

Cela s'est passé hier soir lors de l'émission «Genève à chaud» de Léman Bleu. La télévision régionale genevoise située dans le hall du centre commercial de la Praille. Mais ici, pas d'irruption intempestive sur le plateau. Profitant de la présence du conseiller d'Etat François Longchamp, Anne Bisang, directrice de la Comédie et porte-parole des milieux artistiques, a préféré suggérer à Pascal Décaillet, l'animateur de l'émission, d'interpeller le conseiller d'Etat sur le transfert de charges entériné mercredi matin même par le gouvernement genevois.

Réponse du magistrat? Le transfert des charges n'a pas encore été décidé... Le magistrat radical ignorait sûrement que la nouvelle avait déjà transpiré. Consternation dans le maigre public. Parmi les représentants des milieux culturels présents, François Rochaix, patron du Théâtre de Carouge. Un directeur plutôt remonté. «Nous sommes encore sous le choc de cette nouvelle! Au-delà de la manière de procéder, il est effarant de constater que l'Etat se décharge de la culture sur la Ville. Cela signifie que la Ville de Genève va diriger une bonne partie de la politique culturelle des 44 autres communes du canton. Incroyable!»

Une indignation partagée par Christine Ferrier de Fonction: Cinéma. «Alors que le Conseil ne jure que par une approche transfrontalière des politiques de transport ou d'urbanisme, pour la culture, par contre, les autorités cantonales agissent en boutiquier, en petit comptable. Avec une vision à court terme.»

L'intervention d'hier soir aux abords du plateau de Léman Bleu n'était que l'annonciation d'une plus large et massive mobilisation, selon les contestataires. Si la fronde émane essentiellement de gens de théâtre, d'autres se préparent à manifester leur mécontentement: des directeurs de musées, d'orchestres ou d'institution lyrique.

Des artistes prêts à rééditer le bras de fer qui les avaient opposés à l'Etat en 2004. Il y a deux ans, le Département de l'instruction publique avait sabré 500000 francs dans le budget de l'aide à la création indépendante. La mobilisation des artistes avaient fait plier le gouvernement genevois. A l'époque, leur pétition avait recueilli près de 20000 signatures. «Une chose est sûre, déclare François Rochaix. Nous avons le public derrière nous. Et ça fait beaucoup de monde.»