Le Temps: Avez-vous programmé l'expansion de Bienne vers l'est?

Hans Stöckli: En quelque sorte. Nous sommes déjà actifs à l'est de la ville, avec la zone industrielle des Champs-de-Boujean, qui héberge également des centres commerciaux. Elle est à l'extérieur de la ville. Le projet de «stades de Bienne» fera la liaison urbanistique entre la ville, le quartier résidentiel de Boujean et la zone industrielle. C'est à moins de 15 minutes de la gare en bus.

- Le complexe sportif n'empiète-t-il pas sur des surfaces destinées au développement économique?

- Absolument pas. Notre projet mêle infrastructures sportives, de loisirs, commerciales, hôtelières, résidentielles et industrielles. Nous pouvons sans autre attribuer 70000 m2 à Swatch Group s'il manifeste l'intention de s'y installer.

- Rolex demande également de vastes surfaces industrielles: Bienne est-elle à même de fournir ces terrains?

- Pas de problème. Un quart de la surface de la commune appartient à la Ville. Aucune autre ville de notre dimension ne possède autant de terrains. C'est le résultat d'une stratégie foncière, qui consiste depuis de nombreuses années à acquérir des parcelles, notamment aux Champs-de-Boujean, qui sont soit revendues soit cédées en droit de superficie. Les gains de cette politique ont contribué à l'assainissement de notre situation financière. Et surtout, nous avons des sites à proposer aux investisseurs et aux entreprises.

- Votre politique foncière doit vous permettre de construire les stades de football et de glace pour presque rien. Expliquez-nous...

- Selon le principe du partenariat public-privé, la Ville met à disposition d'investisseurs le terrain pour le complexe sportif. Les investisseurs construiront les stades, mais aussi des commerces, des services, des parkings. A la fin de l'exercice, la Ville rachètera les installations sportives et cédera le terrain aux investisseurs, un terrain qui aura acquis une importante plus-value. Nous voulons croire que l'opération sera presque blanche pour Bienne. Nous devrons toutefois dépenser 30 millions dans les viabilités et les infrastructures publiques du secteur.

- Par la grâce d'Expo.02, vous avez métamorphosé et redonné confiance à Bienne. L'euphorie est-elle encore présente?

- Je n'hésite pas à faire le rapprochement entre notre projet de stades et le vent de renouveau qui a soufflé lors d'Expo.02. Depuis une dizaine d'année, les indicateurs biennois sont très positifs. Nous sommes dans les chiffres noirs depuis sept ans, nous avons réduit l'endettement à 2000 francs par habitant, contre 5 à 6000 auparavant. Le taux de couverture de la caisse de pension de la Ville est passé de 67 à 104%, nous avons investi dans l'immobilier, la culture, les écoles. Nous avons reçu des prix, diminué les impôts. Notre stratégie de faire de Bienne la ville de la communication a généré plusieurs milliers d'emplois. Et nous profitons maintenant de la bonne santé de l'horlogerie. En 2005, Bienne a présenté le taux de chômage le plus bas des villes suisses. Ces trois dernières années, notre population a augmenté de 2000 habitants, pour largement franchir la barre des 50 000. Bienne va bien. Le directeur de Rolex m'a dit: il faut profiter pendant que la fenêtre est ouverte.

- Est-ce qu'une ville de dimension moyenne comme Bienne peut grandir? Le développement n'appartient-il pas qu'aux métropoles?

- Nous avons aussi un avenir, que nous voulons radieux. Il faut lutter, il a fallu inverser la tendance négative dans les années 1990. Nous devons nous employer à façonner notre futur. C'est ce que nous faisons, ici aux Champs-de-Boujean.