Comment intégrer nos nouveaux citoyens étrangers à la vie politique? Dans le canton de Vaud, les sections locales des partis commencent à se poser sérieusement la question. A partir du 14 avril 2003, et pour autant qu'un certain nombre de difficultés techniques aient été résolues (voir encadré), la nouvelle Constitution permettra en effet aux étrangers résidant en Suisse depuis dix ans, et habitant le canton depuis trois ans, de participer aux scrutins de leur commune de résidence, et d'y être élus. En tout, plus de 75 000 personnes seront concernées, mais l'impact de la nouveauté sera extrêmement variable.

Championne toutes catégories: Renens. La ville de l'Ouest lausannois, quatrième du canton avec ses 17 300 habitants, va gagner d'un coup 63% d'électeurs. Plus du tiers du corps électoral (39%) y sera à l'avenir composé d'étrangers. «Enfin, les consultations seront plus crédibles», se réjouit la syndique socialiste, Anne-Marie Depoisier, qui déplore depuis longtemps le nombre d'habitants tenus à l'écart de la vie politique. Qui y gagnera? «J'ai toujours pensé que les étrangers ne votaient globalement pas plus à gauche que le reste de la population», prévoit Anne-Marie Depoisier. Ce que confirment les observations faites dans les cantons de Neuchâtel et du Jura, où des droits civiques sont déjà reconnus aux étrangers.

Voisines de Renens, les autres communes les plus touchées par le changement seront Crissier (33% d'étrangers dans le futur corps électoral), Chavannes-près-Renens (32%) et Ecublens (30%). Parmi les dix villes vaudoises de plus de 10 000 habitants, Vevey (28%), Prilly (25%) et Montreux (24%) sortent du lot. A l'inverse Pully (15%) et La Tour-de-Peilz (17%) ne dépassent pas la moyenne cantonale qui se fixe à 17%. Parmi les petites communes, c'est de loin Villars-Sainte-Croix, dans le district de Morges, qui va enregistrer la plus forte variation. Les 107 étrangers qui devraient y obtenir le droit de vote représenteront 23% du futur corps électoral. La proportion est similaire à celle de bourgs comme Moudon, Lucens ou Villeneuve, ou d'une ville comme Nyon.

Dans les zones résidentielles, l'impact de la réforme sera très variable. Sur la Côte, Founex aura 23% d'étrangers parmi ses électeurs (onzième rang cantonal) alors qu'Epalinges se trouve au quatre-vingt-quatrième rang avec ses 12%. Lutry pointe au-delà du centième rang avec 11% de futurs votants étrangers. Comme le laisse présager le classement des districts (voir carte), ce sont toutefois les campagnes qui seront les moins concernées. Parmi les bourgs, Château-d'Œx, Yvonand ou Forel (Lavaux) ne recenseront pas plus de 7% de nouveaux électeurs. En queue des localités de plus de mille électeurs, Froideville (district d'Echallens) en restera à 5% d'étrangers.

Et Lausanne? La capitale enregistre bien entendu le plus gros bataillon de nouveaux électeurs (17 700 environ) mais ils ne représenteront que 22% de son total. Seule à avoir consacré une étude statistique au phénomène, elle constate que le changement induira un rééquilibrage en faveur des hommes. Ils sont légèrement majoritaires parmi les étrangers qui auront le droit de vote, alors que les femmes sont nettement plus nombreuses parmi les Suisses. Vu le temps d'attente pour bénéficier des droits civiques, le rapport entre les catégories d'âges ne se rééquilibrera pas pour les moins de quarante ans. Par contre, la surreprésentation des personnes âgées diminuera un peu.

A l'échelle du canton, les nationalités les plus concernées seront les Italiens (24 800), suivis des Espagnols (10 900), des Portugais (9722) et des Français (8797). Les ressortissants d'ex-Yougoslavie (4700) viennent ensuite, suivis des Allemands (2300) et des Anglais (2000).