Edito

AVS 21, la dernière heure de la retraite a sonné

EDITORIAL. La gauche refuse la retraite à 65 ans pour tous, la droite boude la hausse de la TVA. Mais un compromis est possible

Les conseillers fédéraux qui se sont succédé à la tête du Département de l’intérieur ont tout essayé: des réformes partielles, des réformes ciblées, des réformes globales – toutes ont échoué. Depuis vingt ans, il est impossible de présenter un projet susceptible de relever le défi du vieillissement de la population. La onzième révision de l’AVS, la onzième révision bis, la baisse du taux de conversion du deuxième pilier, le paquet intégral Prévoyance vieillesse 2020, tous ont connu le même sort: le naufrage.

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«Trouver le bon dosage»

A priori, les nouvelles propositions visant à consolider le premier pilier à moyen terme sous le nom d’AVS 21 sont promises au même avenir funeste. Mais a priori seulement. Il est vrai que les critiques fusent. La gauche s’arc-boute sur le refus de la retraite des femmes à 65 ans, la droite se met en ordre de bataille contre le relèvement de la TVA. Mais c’est logique. On est au début du processus, chacun bande les muscles et montre à son électorat qu’on ne cédera rien. Toutefois, la raison devrait finir par l’emporter. On ne peut plus se payer le luxe de repousser encore et toujours la réforme des retraites. L’arrivée à la fin de la vie active de la génération des baby-boomers ne fera qu’accentuer le déséquilibre entre les actifs cotisants et les bénéficiaires de rentes.

Les principes de base d’AVS 21 sont corrects. L’âge de référence finira par s’égaliser à 65 ans – mais pas au-delà – et la TVA est l’instrument adéquat pour assurer l’avenir financier des retraites. Mais il faudra trouver le bon dosage afin que la pilule puisse être avalée par une majorité de la population et des partis politiques.

Une réforme qui a besoin de soutien

L’expérience démontre que le soutien minimal de trois grands partis est nécessaire pour qu’un projet réussisse. Prévoyance vieillesse 2020 a notamment échoué parce qu’elle n’était portée que par la gauche et le PDC. AVS 21 peut obtenir les faveurs de ces deux formations et du PLR. Mais il faut pour cela remplir quelques conditions.

Il faut un point de convergence entre ce projet et l’originale combinaison fiscalité des entreprises/AVS imaginée par le Conseil des Etats. C’est grâce à une entente entre le PS, le PDC et le PLR que ce compromis a été trouvé. Il doit être possible de construire quelque chose sur ce socle, qui reste fragile. Il s’agira de trouver le bon équilibre entre l’adaptation des cotisations salariales et celle de la TVA. Il s’agira de convaincre la gauche raisonnable que la retraite des femmes peut être portée à 65 ans si les compensations qui accompagnent cette évolution sont importantes. Comme il s’agit aussi d’un principe d’égalité, le moment est idéal pour le faire appliquer également dans le domaine salarial.

Le vote populaire sur AVS 21 est encore lointain et 2019 est une année électorale, peu propice aux compromis. Mais si ces conditions sont remplies, il peut être gagné.

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