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AVS: «Merci M. Berset, je n'ai pas besoin de ces 70.-»

Les opposants à la réforme soumise au peuple sont entrés en campagne. Ils contestent notamment le bonus sur les futures rentes AVS

Jusqu'à ce jour, les opposants de droite à la réforme de la prévoyance vieillesse 2020 n'ont pas eu de chance. En raison de la pause estivale, ce n'est que ce jeudi qu'ils ont pu exposer leurs arguments, à moins de six semaines de la votation populaire. La succession de Didier Burkhalter au Conseil fédéral dégarnit en plus les rangs des spécialistes de ce dossier au PLR, parti qui a la responsabilité de la campagne pour le «non».

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Après le flop, lundi, du spectacle censé lancer les débats, qui a réuni une dizaine de badauds sur la Place fédérale, l'Alliance des générations, qui regroupe en fait le PLR et l'UDC, est cependant enfin entrée dans le vif du sujet, ce jeudi à Berne. «Trahir les jeunes? Punir les retraités? Non à la pseudo-réforme de l'AVS»: tel est le slogan choisi.

Pour un vrai assainissement

La droite rejette le projet pour plusieurs raisons. A commencer par l'augmentation des nouvelles rentes AVS de 70 francs  «A l'origine, le but du Conseil fédéral était d'assainir et de consolider les finances de l'AVS. A la place, on se retrouve avec un projet qui augmente les rentes et ceci malgré le rejet net, il y a une année, de l'initiative AVSplus», critique la conseillères aux Etats Karin Keller-Sutter (PLR/SG). Le conseiller national Christian Lüscher (PLR/GE) évoque sa situation personnelle: «J'ai plus de 45 ans. Faisant partie de la génération de transition, je ne serai pas concerné par la baisse du taux de conversion mais toucherai quand même 70 francs de plus par mois. Je dis merci à Alain Berset. Mais je ne veux pas d'une réforme qui serve les gens comme moi». Karin Keller-Sutter a rappelé qu'au Parlement, elle avait tenté jusqu'à la dernière minute, en séance de conciliation, de proposer d'autres modèles de compensation, mieux ciblés vers les catégories qui en ont le plus besoin. En vain. 

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Les opposants critiquent ainsi un projet qui n'est pas un véritable assainissement de la prévoyance vieillesse. Un projet qui crée en plus deux classes de retraités, les nouveaux rentiers qui bénéficieront de cette hausse de 70 francs et les retraités actuels qui n'y ont pas droit.

Jeune conseiller aux Etats lucernois, Damian Müller (PLR) craint également pour sa génération: «avec la hausse de la TVA et des cotisations, ce sont les jeunes qui supportent la plus grande partie de la facture. Et dans quelques années, ce sont encore eux qui devront trouver une solution pour boucher le trou financier creusé par ces 70 francs».

Le conseiller national Jean-Pierre Grin (UDC/VD), conteste également l'augmentation de la part fédérale au financement de l'AVS. «Ceci risque d'engendrer des programmes d'économies supplémentaires, qui ne seront pas sans conséquence pour l'agriculture». 

Un plan B réaliste

Les opposants ne craignent pas les conséquences d'un refus le 24 septembre. Le PLR a déjà présenté un plan B. Il retient les éléments incontestés mais veut séparer les mesures concernant le 1er et le 2e pilier. Le bonus de 70 francs en serait évidemment exclu. Le conseiller national Thomas de Courten (UDC/BL) rappelle que tous les chiffres sont déjà sur la table pour arriver rapidement avec un projet. Karin Keller-Sutter reste également ferme: «avec cette révision, les prestations ne sont plus assurées à partir de 2030. Alors que préférons-nous? Une révision qui n'est pas finançable ou un nouveau projet qui garantit vraiment le niveau des prestations?».

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Dossier La bataille des retraites

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