Certains n'ont pas hésité à voir un complot de la droite zurichoise du PRD derrière le refus exprimé de manière quelque peu surprenante samedi par le groupe radical d'accepter une hausse de la TVA pour le financement de l'AVS, une hausse à laquelle il avait précédemment souscrit au parlement. La démarche échappe pourtant au schéma classique et convenu opposant l'offensive menée par les «casques d'acier» alémaniques, tout acquis aux préoccupations des milieux économiques, à la résistance des radicaux romands aux préoccupations beaucoup plus sociales. Elle n'a pas opposé les Alémaniques aux Romands. La minorité qui a refusé ce changement de cap transcende à la fois les appartenances régionales et les clivages réels ou supposés entre la droite et la gauche du parti. Ce sont deux élus n'appartenant ni à l'aile gauche ni à l'aile droite du groupe qui ont convaincu la majorité, le Zurichois Felix Gutzwiller et la Genevoise Françoise Saudan.

Réuni en séminaire vendredi et samedi à Thoune autour d'un ordre du jour qui dépassait largement les questions sociales et financières – la recherche, la formation, l'évolution de la société ont également été discutées –, le groupe radical en serait venu spontanément à une prise de position sur le financement de l'AVS, initialement non prévue au programme. La direction du parti n'avait vraisemblablement pas ficelé les détails de la manœuvre, mais elle y a pour le moins préparé les esprits. L'argumentaire qui a séduit un peu moins de deux tiers du groupe est du reste trop bien rodé pour avoir surgi par génération spontanée dans la chaleur du débat.

C'est le dépôt par le Parti socialiste d'un référendum contre la 11e révision de l'AVS qui a déclenché le revirement radical sur l'augmentation de la TVA dans un contexte, précise un élu, de «ras-le-bol devant l'augmentation de la charge fiscale». «Dès lors que le référendum avait abouti et qu'il apparaissait que la votation du mois de mai allait se dérouler dans un climat difficile, cela changeait la donne», explique Françoise Saudan. «Nous avions accepté cette augmentation de la TVA avec un couteau sous la gorge, ajoute le Vaudois Charles Favre, parce qu'il fallait assurer la situation financière de l'AVS. Mais nous ne voulons pas être les dindons de la farce et accepter une augmentation de la fiscalité sans être certains qu'il y aura parallèlement des mesures d'assainissement, mesures auxquelles la gauche s'oppose.»

La pire situation imaginable, commente le secrétaire général du PRD, Guido Schommer, serait un refus de la 11e révision associé à une augmentation de la TVA et à une attribution de l'or excédentaire de la BNS au financement de l'AVS. Cela ouvrirait la porte, assure-t-il, «à toutes sortes de fantasmes de la gauche». A noter que les radicaux traitaient à l'époque de «peanuts» les effets de l'or de la BNS sur le financement de l'AVS. Maintenant que le retour à cette solution paraît garanti par «l'alliance contre nature entre le PS et l'UDC», celle-ci devient un argument qui compte, même si ses retombées financières ne sont pas énormes, comme en convient Guido Schommer.

La plupart des élus radicaux assurent la main sur le cœur et avec les accents de la sincérité qu'il «ne s'agit pas d'une opération dirigée contre Pascal Couchepin» mais comprennent que le ministre de l'Intérieur, ainsi lâché et par les milieux économiques et par le groupe parlementaire, manifeste quelque mauvaise humeur. La démarche s'inscrit néanmoins clairement dans le contexte d'un repositionnement du parti par rapport à ses conseillers fédéraux. Hans-Rudolf Merz, dont certaines déclarations ont irrité plus d'un élu radical, est sur le principe concerné aussi bien que son collègue. En l'occurrence, Pascal Couchepin est toutefois le seul visé. Le parti, rappelle sa présidente, Christiane Langenberger, «souhaitait faire voter séparément sur la 11e révision de l'AVS et sur l'augmentation de la TVA». Or l'on sait que Pascal Couchepin a combattu cette solution, défendue au Conseil fédéral par Christoph Blocher, Samuel Schmid et Hans-Rudolf Merz. Guido Schommer évoque par ailleurs une redistribution des rôles entre les conseillers fédéraux et les partis: aux premiers de défendre l'intérêt général de l'Etat, aux seconds de se battre pour des idées. Avec 17,5% des suffrages, les radicaux n'envisagent plus de porter sur leurs seules épaules des responsabilités trop lourdes.

Il reste que le congrès du parti aura le dernier mot au début avril et que la messe n'est pas dite. Si Pascal Couchepin veut se battre, il lui reste deux mois pour renverser la vapeur.