A Avully, une pollution peut en cacher une autre

Genève L’évacuation de déchets toxiques a mis au jour une contamination des sous-sols

Trois mois après l’opération d’assainissement de l’usine chimique Achemis, les habitants d’Avully, commune genevoise qui jouxte le site pollué, font part de leur mécontentement. S’ils ont salué l’évacuation par les services de l’Etat de quelque 500 000 litres de déchets toxiques (Le Temps du 23.09.2014), se pose désormais pour eux la question de la décontamination du sous-sol, pollué depuis les années 70.

«On nous dit qu’il reste 10 tonnes de monochlorobenzène sous la nappe phréatique. C’est une substance très dangereuse. Quels sont les impacts pour notre santé et quels risques encourt-on?» demande Roberto Vitali, initiateur d’une pétition qui circule en ce moment à Avully pour réclamer plus de transparence. Il poursuit: «Les propriétaires des jardins familiaux à côté de l’usine ainsi que trois habitations environnantes ont été invités à une réunion, pourquoi pas nous? Il n’y a eu en fait qu’une feuille affichée sur un panneau de la commune, c’était très insuffisant.»

Soude caustique, acide sulfurique et chlorhydrique

C’est par voie de presse que la population a appris cet été qu’à moins d’un kilomètre de leurs maisons étaient stockés des containers perforés contenant de la soude caustique, de l’acide sulfurique et chlorhydrique et autres produits très nocifs. «Nous avons vu sur la RTS le commandant des pompiers parler de risques élevés. C’est davantage les médias que l’Etat qui ont eu le rôle de nous avertir, au risque de créer une paranoïa», commente Israël Feferman, habitant d’Avully lui aussi.

Le maire René Riem a de son côté adressé le 6 octobre un courrier au conseiller d’Etat genevois Serge Dal Busco pour lui demander d’associer les autorités communales de manière plus étroite à la suite des opérations «qui devront être menées en vue de dépolluer le terrain».

Mis en cause, l’Etat a organisé hier soir une réunion à Avully afin de rassurer la population. Le directeur général de l’Environnement, Daniel Chambaz, a présenté ses excuses à propos d’«une gestion de la communication dont il faudra tirer les enseignements». «C’est une affaire hors norme, a-t-il expliqué. Il y a à la fois une pollution du sous-sol aux solvants chlorés au fond de la nappe phréatique qui date des années 70 et des déchets toxiques entreposés depuis 1999 illégalement par un entrepreneur qui fut un piètre gestionnaire. L’Etat a porté plainte contre lui. Sachez que les habitants, dans les deux cas, n’ont jamais été mis en danger.» Il a rappelé que de nombreux prélèvements avaient été réalisés, notamment dans la terre et les légumes des jardins familiaux, et que les résultats s’avéraient tous normaux.

Antoine Botella, de l’Office des bâtiments de l’Etat de Genève, a indiqué que lors des deux prochaines années le sous-sol allait être surveillé de près, «puis un dispositif d’assainissement sera mis en place, dont on ignore encore la technique et le coût». Il a cependant reconnu qu’en attendant, des substances pouvaient se déverser goutte à goutte dans le Rhône tout proche.