Enfance

Le baby-sitting coûte toujours plus cher en Suisse

Avec un salaire moyen de 16,63 francs de l’heure, en hausse de 3,7%, la Suisse pratique les tarifs les plus onéreux d’Europe, selon la plateforme de baby-sitting Yoopies.ch

Engager une baby-sitter coûte toujours plus cher en Suisse. Malgré tout, la demande ne cesse d’augmenter. Ces conclusions, dévoilées jeudi par la plateforme Yoopies.ch, ont été articulées à partir des quelque 40 000 profils de baby-sitters inscrits sur ce site qui met en relation parents et nounous. Avec un tarif moyen de 16,63 francs de l’heure (+3,7% par rapport à 2015), la Suisse reste, pour la troisième année consécutive, le pays le plus onéreux d’Europe en matière de garde d’enfants à domicile. Loin devant la Grande-Bretagne (10,92 francs), l’Allemagne (10,38 francs) et la France (9,50 francs). Le troisième rapport annuel de Yoopies démontre par ailleurs que les fortes disparités observées entre les cantons suisses ont tendance à se creuser.

«Sensibiliser les parents»

«Les frais de garde représentent un coût important au sein d’un ménage, estime Benjamin Suchar, fondateur de la société. Une charge qui peut compliquer la gestion d’une activité professionnelle, en particulier dans les régions où l’offre en crèche est faible». Active depuis 2013 en Suisse, la plateforme Yoopies.ch enregistre 35 000 visiteurs en moyenne par mois et constitue donc une «base représentative», selon l’entrepreneur. Les salaires sont fixés librement par les personnes qui offrent leurs services. «Nous publions ces chiffres sans prétention scientifique, poursuit-il, mais simplement pour sensibiliser les parents qui n’ont parfois aucune notion des tarifs moyens pratiqués.»

Lire aussi: Fortes disparités dans les tarifs des nounous d’un canton à l’autre

Plus de 16 francs de l’heure, c’est bien plus que la moyenne européenne qui, elle, s’élève à 9,73 francs. A l’intérieur même du pays, les différences entre les cantons varient parfois du simple au double. Dans la région de Schwytz, par exemple, le salaire horaire moyen s’élève à 21,04 francs, tandis qu’il chute à 12,45 francs dans le Jura. Les trois villes les plus chères de Suisse sont Zoug (26,25), Zurich (22,76) et Berne (21,17). A l’inverse, les tarifs les plus bas sont pratiqués à Cossonay (12,91), à Monthey (12,15) et à Bulle (11,93). Genève se situe dans la moyenne avec 16,45 francs net de l’heure. Seuls deux cantons enregistrent une baisse de leur salaire moyen: Thurgovie (-4,3%) et Lucerne (-6,7%).

Ce décalage s’explique également par de fortes disparités dans la capacité d’accueil de la petite enfance. Une situation qui pousse les ménages à trouver des solutions alternatives. «Malgré ces tarifs élevés, la demande reste plus importante que dans les autres pays où nous sommes actifs, relève Benjamin Suchar. En général, les propositions de garde sont 3 à 6 fois plus nombreuses que la demande. En Suisse, l’écart entre la demande et l’offre est extrêmement ténu: 40 000 baby-sitters, nounous ou mamans de jour pour environ 35 000 parents.»

Lire également: Parascolaire: encore un effort!

«Reconnaître l’effort fourni par les ménages»

Faire garder son enfant pour pouvoir travailler ne se révèle pas toujours rentable - en terme financier du moins. En 2009, une étude de la conférence romande des déléguées à l’égalité intitulée «Quand le travail coûte plus qu’il ne rapporte», avait démontré «l’effet pervers» du second revenu pour un ménage. Une fois déduits les frais de garde et les impôts supplémentaires engendrés par chaque journée d’activité professionnelle, il n’est pas toujours avantageux, financièrement, pour une mère d’occuper un poste au-delà d’un certain taux d’activité.

«Travailler à perte (à court terme) ou travailler moins, les familles font leur calcul, analyse Nicole Baur, déléguée à l’égalité et à la politique familiale dans le canton de Neuchâtel. Voilà pourquoi de nombreuses femmes optent pour une activité à temps partiel.» C’est ce que les chercheurs nomment le «modèle bourgeois contemporain». Neuchâtel est le seul canton romand où l’intégralité des frais de garde peut être déduite des impôts. «Une manière de reconnaître l’effort fourni par les ménages et le coût réel de l’enfant lorsque l’on doit concilier vie professionnelle et vie privée.»

A Genève, le Bureau de l’égalité relève qu’en 2015, le nombre de places offertes au sein de structures d’accueil collectif préscolaire s’élevait à 8027 pour 10 900 enfants de moins de 4 ans accueillis, soit entre 1,2 et 1,9 enfant par place. «Près de 1000 places en crèche ont été créées depuis 2011, détaille Esther Alder, magistrate chargée du Département de la cohésion sociale et de la solidarité. 700 places sont projetées jusqu’en 2022 afin d’atteindre un taux de couverture de 100%.» D’ici là, dans ce canton comme ailleurs en Suisse, les besoins restent importants.

Publicité