Jura

Bad buzz de Raiffeisen pour les 40 ans du Jura

Une publicité bancaire parue dans le «Quotidien jurassien» suscite l’ire des francophones bernois. Gros raté marketing sur fond de tensions régionales

«Du lac de Bienne aux portes de la France», déclame la première strophe de La Rauracienne, l’hymne jurassien. Une vision rêvée du Jura réunifié qui est désormais chose faite, grâce à Raiffeisen. Afin de souhaiter un joyeux quarantième anniversaire au canton, la banque s’est offert une pleine page de pub dans le Quotidien jurassien de mercredi. Le problème: l’annonce montre une carte du canton englobant l’entièreté du Jura bernois. «Raiffeisen construit avec vous le Jura de demain», souligne la réclame. La prémonition n’a pas été du goût de tout le monde.

«L’impérialisme jurassien»

«Quand les banques Raiffeisen jurassiennes font de la politique et crachent au visage du Jura bernois», s’est emporté sur Facebook le conseiller national Manfred Bühler (UDC/BE), son représentant sous la coupole fédérale. «La région a décidé en 2013 par 72% des voix de ne pas envisager un canton en commun avec le Jura», a rappelé l’UDC, fustigeant le «militantisme primaire des banquiers jurassiens»: «On se croirait à l’assemblée générale du Mouvement autonomiste jurassien!» vitupère-t-il, promettant de «demander des explications en haut lieu» pour cet «affront». Plusieurs dizaines d’internautes l’y encouragent, dénonçant une image «scandaleuse», «provocatrice», «inadmissible» et «impérialiste».

«Une banque qui se dit régionale, qui connaît le contexte politique et qui prétend être à l’écoute de sa clientèle fait ici une grosse erreur stratégique», analyse un autre arpenteur du web. Contacté, le porte-parole de Raiffeisen, Philippe Thévoz, a tout d’abord semblé emprunté, visiblement pas informé de l’opération marketing en cours dans le Jura. Après quelques minutes de flottement, l’explication tombe: c’est une grosse maladresse. «La carte se réfère à la fédération jurassienne des banques Raiffeisen, qui réunit les établissements du Jura et du Jura bernois, explique le communicant. Il n’y a bien entendu pas la moindre intention politique là-derrière.»

Une publicité pas mauvaise pour tout le monde

Catastrophique du point de vue marketing, la bourde de la banque saint-galloise n’aura pas fait que des malheureux. Les lacunes historiques de l’entreprise auront permis à Manfred Bühler de montrer à ses électeurs qu’il veillait au grain: «Merci à vous pour votre engagement», loue justement l’un d’entre eux sur les réseaux sociaux, «cela fait plaisir d’avoir un conseiller national qui défend notre petit coin de pays».

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