Depuis sa cuisine, elle pointe le tas de ruines, en face de chez elle. De la maison de ses voisins allemands, il ne reste que trois pans de mur, debout au milieu d’une montagne de gravats et de tuiles éparpillées. Makhfirat a émigré il y a six ans du Tadjikistan à Bad Münstereifel avec son mari et ses enfants, fuyant la pauvreté et les conflits politiques. Cette femme au visage rond serré dans un voile n’imaginait pas un jour assister à ce genre de scènes en Allemagne, première puissance d’Europe, où une autre crise, écologique celle-ci, a fait irruption devant sa fenêtre.

Là, dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, huit personnes se tenaient sous le vent et la pluie battante, emprisonnées par les flots. «Ils criaient «à l’aide! à l’aide!», mais nous ne pouvions rien faire. Même les pompiers, de l’autre côté de la rive, n’ont pas pu venir les chercher avec leur gros camion. Je répondais «Hallo!» et j’agitais la lampe de poche de mon téléphone dans leur direction. A chaque fois, ils étaient encore là. Je n’ai pas pu dormir de la nuit», raconte Makhfirat.