Fort éloignés du grand banditisme ou de l’islamisme radical. C’est ce que Pierre Bayenet, l’avocat de quelques bagagistes privés de leurs badges d’accès au tarmac, retient des dossiers qui lui ont été transmis. Si l’un d’entre eux fait état du recel d’un téléphone portable et un autre, de consommation de cannabis, ces éléments ne seraient pas, pour lui, de nature à justifier le retrait de leurs badges à ces employés de Swissport, Dnata et Adecco. Aussi a-t-il fait recours au Tribunal administratif fédéral après que Genève Aéroport ait confirmé la décision de retrait de ces badges, une mesure provisionnelle jusqu’ici.

Le hic, c’est que ces dossiers, en l’état, sont incomplets. Il manque le volet français de l’affaire. Le conseiller d’Etat Pierre Maudet avait en effet expliqué au Temps que le préavis négatif de la police genevoise pouvait se fonder sur des informations des services français (Le Temps, 23.01.2016). Pour les obtenir, les bagagistes ont donc saisi l’autorité française de contrôle en matière de protection des données personnelles. Le délai de réponse est de six mois.

«Je ne pense pas que le Tribunal administratif fédéral statuera sans disposer des renseignements de la France», estime Pierre Bayenet. Il demande d’annuler la décision de retrait, et la restitution des badges si les concernés retrouvent leur emploi. Une exigence «plus réaliste que la réintégration». S’il gagne, il demandera alors une indemnisation pour perte de gain au Département de la sécurité et de l’économie.

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Une hypothèse dont l’avocat ne doute pas: «Nous allons gagner car Genève Aéroport a pris cette décision sans savoir sur quelles raisons précises elle se fonde. Il n’a eu qu’un accès partiel aux dossiers.» Genève Aéroport n’a pas souhaité s’exprimer, la procédure étant en cours.

Sur la trentaine de bagagistes licenciés, ils ne sont plus que sept à recourir. Parce que les autres savent que leurs dossiers sont indéfendables? «Non, estime Pierre Bayenet. C’est plutôt parce que désormais je leur facture des honoraires, alors qu’avant ils bénéficiaient de l’assistance juridique». Ou peut-être les deux.

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