Sécurité

Bagagistes licenciés: les soupçons viennent de France

Genève Aéroport justifie le retrait de trente-trois badges d’accès au tarmac par des informations provenant des services de police français. Le syndicat exige des indemnisations

Ils sont une dizaine d’hommes, la trentaine, citoyens français originaires de pays musulmans excepté l’un d’entre eux, barbus et pratiquants. «Ils gagnaient leur vie dignement avec des contrats précaires et des salaires de misère», ajoute Jamshid Pouranpir, du Syndicat des services publics (SSP) venu présenter à la presse les employés qu’il défend. Avec la ferme intention de dénoncer le «flicage stigmatisant» dont ils feraient l’objet. Les 22 et 23 décembre derniers, l’Etat a en effet retiré les badges d’accès au tarmac à 33 bagagistes de même profil, hormis deux Suisses, pour raison de sécurité. Une mesure qui a conduit à des licenciements et une suspension.

Pour rappel: «Une trentaine d'employés interdits de tarmac à Cointrin»

Pour quelle raison? Soupçons de radicalisme? «Les critères retenus sont non publics», rappelle le Département de la sécurité. Mais c’est tout de même une option. Car dans une lettre de Genève Aéroport (GA) envoyée aux concernés et datée du 15 janvier, on lit ceci: «Les services de police français, interpellés par leurs homologues genevois, ont indiqué disposer de renseignements défavorables à votre sujet.» Comme leurs casiers judiciaires sont vierges – car contrôlés chaque année – ne reste que la piste des services de renseignement. «Le problème, c’est que le canton ne semble pas connaître le contenu de ces informations défavorables, explique leur avocat Pierre Bayenet. Nous allons donc exiger l’accès au dossier pour que les employés puissent s’exprimer, puis nous allons recourir contre ces décisions si elles sont maintenues.» L’avocat caresse en effet un petit espoir: la mesure étant provisionnelle, le retrait définitif dépendra des compléments d’enquête. De leur côté, les employés ont écrit à la préfecture pour connaître les charges pesant sur eux. Mais celle-ci a répondu être pour le moment débordée de demandes.

Droit du travail

Si Jamshid Pouranpir estime que l’Etat «s’attaque aux précaires et aux plus démunis», Me Bayenet se montre plus mesuré: «Que l’Etat invoque des raisons de sécurité pour le bien de tout le monde, on peut, à la limite, l’entendre. Mais alors, il doit indemniser les concernés. Car il n’y a pas d’opposition entre les mesures de sécurité et le droit du travail.» Selon lui, c’est à l’Etat de payer durant «l’incapacité non fautive du travailleur». De plus, les salaires ne seront pas versés, ce qui fait dire au SSP qu’il s’agit d’un licenciement collectif sans juste motif.

La défense des bagagistes s’oriente désormais sur le terrain du droit du travail, consciente des barrières qu’elle rencontrera sur le volet politique. Après avoir annoncé, en décembre, que les procédures de contrôle du personnel de l’aéroport allaient être renforcées, le conseiller d’Etat Pierre Maudet ne s’est pas exprimé sur les retraits effectués. Un secret défense légitime. Tout au plus réplique-t-il: «Les détenteurs d’un badge signent une demande de carte d’identité aéroportuaire dans laquelle ils acceptent et comprennent que Genève Aéroport est habilité en tout temps à la refuser ou à la retirer. C’est un devoir de surveillance et de contrôle auquel le Département de la sécurité ne compte pas se soustraire. Il en va de la sécurité des passagers et de tout le personnel actif sur le site de Genève Aéroport.»

A ces 33 bagagistes et agents de sécurité licenciés pourraient s’en ajouter d’autres. Car les contrôles sur la base des nouvelles procédures se poursuivent. «Ce n’est que le début, prévient le syndicaliste, car 5000 personnes seront passées au crible et d’autres badges seront désactivés.»

Publicité