Sécurité

Bagarres, restrictions et pacification

En 2012, la fête tourne au vinaigre. Des bagarres plombent l’ambiance nocturne lausannoise obligeant la ville à prendre des mesures

«Il y a dix ans, nous gérions le club avec six agents de sécurité, aujourd’hui il nous en faut vingt», révèle Thierry Wegmüller, patron du D! Club en amorçant le chapitre de la sécurité nocturne. «Les comportements ont changé, influencés par la baisse drastique du prix de l’alcool. Alors qu’ils venaient en club pour boire un verre, les jeunes arrivent complètement ivres en boîte aujourd’hui. Il nous faut beaucoup plus filtrer!»

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2012 amène sa dose de perturbations avec l’éclat de bagarres d’une ampleur jamais vue. En mai, deux cents noctambules s’en prennent à la police. La ville se tourne vers les clubs. «La Municipalité qui avait fièrement arboré son titre de «capitale des nuits romandes» a dû se résoudre à prendre la mesure d’une réalité qui l’avait dépassée», reprend Thierry Wegmüller.

S’en suivent de longs débats animés, qui prennent une tournure politique. La gauche souhaite instaurer des mesures restrictives aux boîtes de nuit: heures de fermeture avancées, limitation de la vente d’alcool, délimitation de zones «à habitat prépondérant». La droite s’offusque de la «scène ouverte sur la drogue» qu’est devenue Lausanne, «sous l’oeil passif et bienveillant de la gauche au pouvoir». Les responsables des clubs ont l’impression d’être accusés à tort. «Le clubbing est une activité économique qui génère aussi des revenus, il est donc normal que les clubs participent pour une part aux frais de sécurité», relève Grégoire Junod, Municipal de la police de la capitale vaudoise.

Certaines contraintes imposées en 2013, comme la formation de leurs propres agents de sécurité, semblent favoriser les boîtes les plus prospères. La vente d’alcool dans les commerces est limitée les vendredis et samedis soirs. «Les mesures de sécurité instaurées par la ville ont permis une pacification nocturne. On a permis à certains clubs d’assouplir leurs horaires en leur offrant la possibilité d’ouvrir jusqu’à 6h, mais en prenant leurs responsabilités». L’affectation des quartiers de la Cité, du Tunnel, de Marterey et de la rue de la Tour en zones «à habitat prépondérant» entraînent la lente mort de leurs établissements nocturnes, obligés de fermer à 3h. La vie nocturne se concentre désormais principalement dans le Flon. La ville s’estime ainsi satisfaite de la situation. «En 2012, la situation sécuritaire était critique et l’image de la ville comme celle des nuits lausannoise était atteinte», explique Grégoire Junod. «Nous en sommes sortis par le haut, sans mettre la vie nocturne sous cloche.»

En 2015, des patrouilles de «correspondants de nuit» sont mises en place dans les rues de Lausanne pour tenter de désamorcer les conflits par le dialogue, sur un modèle inspiré de Zürich et de Vernier.

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