A Bagnes, beaucoup se réveillent soulagés ou rassurés. Après deux expertises et un long feuilleton médiatique, rien n’a changé, ou presque. Ces derniers mois, un ancien juge fédéral à écrit que «tous les membres successifs de l’exécutif ont sciemment violé la loi sur les constructions» et un architecte a martelé: «Un véritable système a été mis en place où tout le monde trouvait son compte». Malgré tout, les élections n’ont pas bouleversé l’univers politique de la vallée, loin de là.

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«Ému par la sagesse de la population», le président Eloi Rossier, réussit une meilleure élection qu’il y a quatre ans. Au sein d’un exécutif réduit de onze à neuf conseillers municipaux, le parti démocrate chrétien conserve sa majorité absolue. Le profil de ses élus a changé. Contrairement aux trois sortants qui ont choisi de se retirer, les deux nouveaux conseillers communaux ne sont pas directement liés aux milieux de l’immobilier et de la construction.

Eloi Rossier refuse d’analyser le résultat à travers le prisme de l’affaire des constructions: «L’électorat a choisi la continuité. Il a reconnu ma volonté de transparence, et légitimé ma politique». En mars dernier, l’édile a admis que la commune a longtemps transgressé la loi, «pour des raisons économiques». Il a toujours affirmé avoir agi «dans l’intérêt général». Les citoyens de Bagnes semblent partager sa définition du bien commun.

Le système proportionnel fonctionne comme un brise-lames qui freine les grands élans

Après une année rythmée par les révélations de la presse, le peuple n’a pas coupé de têtes. Malmené pour avoir entretenu l’ambiguïté sur l’usage de sa résidence secondaire, le vice président François Corthay a payé le plus lourd tribut. Il est réélu malgré tout. Pour l’historien Philippe Bender, «le système proportionnel fonctionne comme un brise-lames qui freine les grands élans». Destiné à distribuer des sièges et créer des majorités, il ne permet pas vraiment les votes sanctions.

L’échec du lanceur d’alerte

Gabriel Luisier échoue de peu à entrer au conseil communal. L’employé municipal licencié reste le premier à avoir dénoncé les dossiers de constructions irréguliers de Verbier. Quelques jours avant le scrutin, il forçait encore l’administration à révoquer une autorisation de bâtir. Ancien parlementaire, proche de plusieurs architectes et politiciens, il aura plus souffert de l’image d’un délateur que bénéficié de l’aura d’un lanceur d’alerte.

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Surnommé «l’ours» pour sa ténacité, Gabriel Luisier ne comprend pas pourquoi «la population a sanctionné le vice-président François Corthay, et pas le président Eloi Rossier, qui porte une plus lourde responsabilité». Pour lui, «rien n’a changé». Il promet désormais de «continuer à surveiller l’administration et les autorisations de construire qu’elle délivre».

«Les dénonciateurs ont été punis, mais ceux qui souhaitent un changement osent enfin s’exprimer»

Le vote contestataire aura profité au cinéaste Antoine Cretton et à sa formation «Entremont Autrement». La gauche décroche un siège historique à l‘exécutif de Bagnes. Pour le nouvel élu, les électeurs ont récompensé «une critique des pratiques de la construction». De cette campagne inédite, il retient que «les dénonciateurs ont été punis», mais que «ceux qui souhaitent un changement osent enfin s’exprimer».

Interprétant sa victoire «inespérée» comme «un signe d’ouverture», il regrette que «tout le monde ne perçoive pas l’importance de l’affaire». Antoine Cretton persiste à marteler un discours positif: «Pour effacer cette image négative qui nous colle à la peau, il faut changer la pratique».

Quand j’écope d’une contravention parce que j’ai commis une faute, je me fâche contre le gendarme

Au téléphone, de nombreux observateurs de la scène politique locale refusent de commenter publiquement ce vote conservateur. Pour l’un d’eux, «personne n’aime ceux qui crachent dans la soupe». Un autre décrit «la république autonome de Bagnes». Il explique que les petites communautés resserrent toujours leurs liens face aux critiques de l’extérieur. Un dernier compare: «Quand j’écope d’une contravention parce que j’ai commis une faute, je me fâche contre le gendarme».

Pour tous, l’affaire des constructions illicites aura au moins permis de mettre fin à une pratique irrégulière. Selon le président Eloi Rossier, elle a déjà transformé la politique locale: «En commanditant deux expertises, la commune a montré une volonté de transparence à la fois rare et nouvelle».


Martigny-Combe. Florence Carron Darbellay remporte trois sièges

Ce dimanche, l’épouse de Christophe Darbellay a été plébiscitée par les électeurs de sa commune. Néophyte, Florence Carron Darbellay a choisi Martigny-Combe pour vivre une première expérience politique. Seule candidate de la liste démocrate-chrétienne, elle hérite de 630 voix et de trois sièges au conseil communal.

Parmi les observateurs qui relèvent la personnalité de la juriste, quelques-uns évoquent aussi le vote de soutien ou de compassion d’une petite communauté très soudée. Le mois passé, son mari a avoué la naissance d’un enfant adultérin dans la presse alémanique. Christophe Darbellay demandait aussi le pardon de ses électeurs.

«Très heureuse», Florence Carron Darbellay s’est exprimée dans les différents médias valaisans pour relever «un travail d’équipe» ou «une campagne de proximité». Elle n’a pas été questionnée sur sa situation familiale et elle n’a pas dévoilé si elle briguerait la présidence de la commune. Elle n’a pas répondu non plus aux sollicitations du Temps.

Majoritairement libérale-radicale, la petite commune de 2000 habitants a fait l’objet d’une campagne à la fois curieuse et mouvementée. Disposant de la présidence et de trois places à l’exécutif, le mouvement communal indépendant a brusquement quitté la scène politique peu avant le scrutin.

(Xavier Lambiel)