Un bal HEC sur le thème «Masaï Mara»? Des associations de lutte contre le racisme voient rouge. Organisées par la faculté des Hautes Etudes commerciales de l’Université de Lausanne, les festivités qui se tiendront le 20 mai au Montreux Palace suscitent la polémique sur les réseaux. «Préparez-vous à faire voyager votre esprit et vos sens en toute plénitude, à la découverte des richesses du Kenya»… la description idyllique de la soirée à laquelle 800 personnes sont inscrites reçoit un accueil glacial. «Les Massaïs (peuple semi-nomade d'Afrique de l'Est) se battent pour conserver leurs terres et leur culture. Rien à avoir avec vos fantasmes d’atmosphère magique, de couleurs de braise et de brume fumante de la savane sereine, attaque l’Association féministe de l’UNIL (AFU). Vous êtes racistes.» SolidaritéS Vaud et le Collectif Afro-Swiss ont également dénoncé l’événement.

«Les cultures ne sont pas des costumes»

Sur la page Facebook de l’AFU, des centaines d’internautes n’hésitent pas à jouer les trouble-fêtes pour rappeler que «les cultures ne sont pas des costumes». A leurs yeux, le #BalHEC2017 n’est qu’une instrumentalisation et une «manifestation de plus de la colonisation», a révélé «24 heures» et la «Tribune de Genève» sur son site internet. En bref, le Kenya n’existe qu’à travers des animaux sauvages, des couleurs bariolées ou encore des effluves exotiques. Au nom du divertissement. Aucun mot, en revanche, sur les réalités auxquelles font face le pays et sa population. Sans se préoccuper des clichés, les organisateurs exploitent pleinement le filon, teaser à l’appui. Menu, forfaits de chambres, visuels: la plongée «au cœur d’une Afrique pleine de saveurs et d’émotions» est totale.

Interrogé par la «TdG», Jyothi Urso, président du Comité des étudiants HEC de l’UNIL, réfute toute mauvaise intention: «Nous voulons rassurer tout le monde. Le bal HEC n’est en aucun cas un bal déguisé. C’est un sujet sensible, et nous continuerons de clarifier notre position avec tous ceux qui ont des interrogations. Dans ce sens, nous sommes d’ailleurs en train d’organiser une rencontre avec l’AFU.»

Appropriation culturelle

Dans un communiqué, le Collectif Afro-Swiss met en avant la question des responsabilités. Il adresse un message clair à «ces étudiant-e-s de la HEC de Lausanne qui s’offrent un voyage «dans l’Afrique exotique» des Massaïs le temps d’un bal de fin d’année, ces jeunes en mal de différence et en besoin de décompression». «A vous, étudiant.e.s qui vous réjouissez déjà de sortir les costumes et de vous faire des tresses, l’appropriation culturelle est à éviter surtout quand on a pour ambition de rejoindre l’élite économique. Vos études actuelles vous en demandent sûrement beaucoup et limitent le temps que vous avez à disposition pour vous renseigner sur ce type d’oppression. Pas grave, contentez-vous pour le moment de trouver d’autres manières de vous défouler.»

«I Am Not Your Negro»

Quelques jours après la diffusion du documentaire «I Am Not Your Negro» sur RTS Deux et Arte, le Collectif Afro-Swiss ne peut manquer de souligner le parallèle entre l’événement et ce film de Raoul Peck qui «interpelle de manière critique les sociétés contemporaines et les façons dont elles (re)reproduisent des systèmes d’oppression multiples».

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«Pour les nostalgiques du bal nègre de St-Maurice, vous pouvez toujours vous rattraper sur le bal HEC 2017», attaque @SforSainath sur Twitter. «L’appropriation culturelle est une forme de racisme. Vous en êtes complices», ajoute @joangesti à l’intention du @comite_hec. «SolidaritéS Vaud se joint à l’AFU, au Collectif Afro-Swiss et à tous les étudiantEs dégoutéEs par le thème #MassaïMara du Bal HEC Lausanne 2017», déclare quant à lui SolidaritéS Vaud sur sa page Facebook.

Faux combat?

Certains accusent toutefois l’AFU de se tromper de combat. «Après tout je comprends, la condition de la femme dans certains pays c’est tellement moins important qu’une soirée à thème universitaire», tance une internaute sur Facebook. «Sans prendre position, pas sûr que vous vous soyez fait un coup de pub. Les gens ont tendance à fustiger le fanatisme de ce type d’association. C’est exactement ce que vous soulignez par ce comportement entier et sans compromis», ajoute un autre. Le débat reste ouvert.

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