Argent

La balance commerciale à l’intérieur du Grand Genève penche nettement du côté français

Une étude inédite a porté sur la consommation au sein de l’agglomération franco-valdo-genevoise. Plus de 7 milliards de francs sont dépensés dans ce territoire. L’apport des résidents français en Suisse est trois fois moindre que celui des Suisses en France

Comment se comporte l’Homo economicus du Grand Genève? Une étude inédite présentée ce lundi par les autorités genevoises et françaises permet d’apporter des premiers éléments de réponse. Elle a été menée par un cabinet spécialisé (AID) qui a interrogé par téléphone 3410 ménages sur les 450 000 que compte le territoire (un million d’habitants dans le Genevois français, le canton de Genève et le district de Nyon). Ses membres ont répondu à des questions portant sur un panier de 30 produits de biens de consommation courante.

Sur cette base, les dépenses annuelles de consommation des ménages ont été calculées à 7633 millions de francs par an, dont plus de la moitié (51%) dans l’alimentaire. Dix pour cent de ce total est le fait d’une «évasion commerciale». On parle ici d’achats faits hors de l’aire géographique concernée. Le chiffre d’affaires des commerces du Grand Genève est estimé à 7160 millions de francs suisses. Sur cette somme, 56% (4009 millions) sont réalisés dans les enseignes suisses.

Crustacés et Ikea

A l’intérieur du Grand Genève, les résidents suisses apportent 426 millions de francs en achats faits en France. Dans le sens inverse, ce sont 150 millions de francs qui sont dépensés. Il faut noter que le panier de l’étude ne comprend ni les restaurants ni l’essence, par exemple.

Les Suisses achètent en France pour 60 millions de francs de poissons, crustacés, charcuterie et viande (produits dont la différence de prix est forte avec la Suisse). Ils consacrent 35 millions de francs pour du vin et des alcools et une somme identique pour les fromages et les produits laitiers. Les résidents français n’achètent pas ou peu de produits alimentaires en Suisse. Ils dépensent leur argent en meubles (Ikea accapare 17 millions sur les 33 dépenses dans cette catégorie), en montres, en bijoux, en CD et DVD, en produits de bricolage et en prêt-à-porter féminin.

Tir croisé sur 14 communes

Les consommateurs suisses concentrent à 90% leurs achats sur neuf communes frontalières: Ferney-Voltaire, Annemasse, Ville-la-Grand, Divonne-les-Bains, Etrembières, Gaillard, Saint-Julien-en-Genevois, Thoiry et Neydens. Sur territoire helvétique, cinq communes attirent 90% des dépenses transfrontalières: Genève, Meyrin, Vernier, Chavannes-de-Bogis et Lancy.

Un quart des personnes interrogées dit s’adonner régulièrement (au moins une fois par mois) à des achats de l’autre côté de la frontière. Pour les Suisses, la première raison évoquée est le prix. Viennent ensuite le fait de pouvoir trouver des produits spécifiques et enfin la proximité et les horaires, à égalité. Dans le sens inverse, les produits spécifiques arrivent en tête, puis la proximité.

Les Français aiment la voiture

Il en va des courses comme du travail: 85% des résidents français se déplacent en voiture pour leurs courses, 75% des Nyonnais, 41% des habitants du canton de Genève et 24% des citoyens de la ville de Genève.

Lire aussi: «Oui, les Suisses font leurs courses à l’étranger, et alors?»

Le shopping par internet, hors dépenses alimentaires, se monte à 216 millions de francs sur l’entier du Grand Genève. Cela représente 9% du total dans le Genevois français contre 5% à Genève et Nyon. Les responsables de l’étude expliquent cette différence par le fait que des sites importants sont implantés en France, phénomène qui est plus récent en Suisse.

Sur l’ensemble des produits concernés par l’enquête, un ménage résidant en Suisse dépense 16% de plus que son équivalent français.

Déplacements alimentaires

Antonio Hodgers, président cantonal genevois, a insisté sur les effets de ces achats sur la mobilité: «Cela fait beaucoup de déplacements pour remplir son coffre une fois par semaine. Il faut arriver à les réduire.»

Concernant la balance commerciale du Grand Genève, très déséquilibrée, Pierre-Jean Crastes, vice-président du Pôle métropolitain du Genevois français, souligne qu’il existe «plus de postes de travail dans l’économie productive en Suisse qu’en France». «Je ne me résous pas au fait que la France soit le centre commercial de la Suisse, a-t-il ajouté. Cela crée un tissu fragile et volatil, très dépendant de la vitalité économique de Genève.»

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