«On a été débordées.» Membre de la Grève des femmes Fribourg, Marie Spang n’en revient toujours pas. Plus de 400 témoignages ont atterri sur le compte Instagram du collectif avec ce mot-dièse #Balancetonprof, depuis l’étincelle initiale, il y a dix jours, quand dans La Liberté une étudiante du Collège de Gambach, en ville de Fribourg, a raconté comment elle avait été convoquée par un professeur qui lui reprochait sa tenue «inadéquate»: elle ne portait pas de soutien-gorge.

Du «soutien-gorge de la honte» à des accusations de harcèlement sexuel

Des histoires parfois anciennes – certaines ont plus de dix ans –, parfois plus récentes. Réflexions déplacées ou sexistes, blagues lourdes, regards appuyés, contacts inappropriés via les réseaux sociaux, visites dans les douches, caresses imposées: l’échelle est vaste, la lecture édifiante, et de très nombreux établissements sont pointés du doigt. Dont l’Ecole professionnelle en arts appliqués (Eikon), avec des accusations assez graves pour pousser la Direction de l’économie et de l’emploi (DEE) à réagir avec célérité: trois enseignants ont été suspendus ce mercredi, ainsi que, pour des raisons de responsabilité hiérarchique, le directeur de l’Eikon.

«Ils gardent leur salaire car j’insiste fortement sur le fait que cette suspension n’a aucune valeur condamnatoire et la présomption d’innocence prévaut», insiste par courriel Olivier Curty, le conseiller d’Etat chargé de l’Economie et de l’Emploi. La DEE a aussi ouvert une enquête administrative, confiée à une avocate de la place familière de ces dossiers. Cette enquête indépendante n’a pas de cadre temporel déjà fixé et devra entendre toutes les parties, souhaite la DEE. Un des enseignants a déjà choisi de se faire représenter. Enfin la DEE a aussi mis en place une cellule de soutien psychologique dans l’école, qui pourra recueillir aussi d’autres témoignages éventuels.

Libération de la parole

Autant de mesures auxquelles applaudit Mirjam Ballmer, coprésidente des Verts fribourgeois et députée, alors que deux Verts ont interpellé le Grand Conseil sur ces questions de comportements sexistes. «C’est important que les institutions prennent des mesures. Tous ces témoignages sur Instagram m’interrogent. Qu’il faille attendre de quitter une école pour témoigner montre qu’on vit dans une culture d’oppression de la parole. C’est la vague violette de la Grève des femmes qui a libéré la parole, en continu.» Virginie Burri, secrétaire syndicale du syndicat SSP, salue aussi les mesures prises et appelle à préparer la suite: «Nous avons eu au téléphone des enseignants de l’Eikon, pour certains c’est une bombe. Des choses qu’on entendait encore il y a dix ans ne passent plus du tout aujourd’hui. Il faut des directives claires pour les enseignants et des procédures claires pour les élèves.»

La Direction de l’instruction publique, de la culture et du sport aussi cherche maintenant à déterminer l’ampleur du phénomène. «Il est en effet important de savoir, et ce pour toutes les situations relatées via Instagram, si elles étaient connues des directions concernées et si oui, quelles mesures/sanctions ont été prises à l’époque», fait-elle savoir par courriel. La DICS communiquera «pleinement» sur le sujet du sexisme à l’école quand le Conseil d’Etat répondra au Grand Conseil, soit peu après Pâques.