Oui, à davantage de concentration de la médecine de pointe à condition de ne pas la limiter à deux centres hospitaliers. Trois experts mandatés par les cantons de Bâle et de Berne ont présenté mardi un rapport qui soutient la ligne prônée par la Conférence des directeurs cantonaux de la santé publique (CDS). Soit le développement d'un réseau avec les cinq centres universitaires du pays (Lausanne, Genève, Zurich, Bâle et Berne). Il désapprouve une concentration de la médecine spécialisée, telle que voulue par Zurich, dans deux pôles.

«Il y a certes des références médicales à observer mais aussi des aspects économiques et sociopolitiques. Il faut penser à la recherche, aux données linguistiques et géographiques», a déclaré en guise d'introduction le conseiller d'Etat bâlois Carlo Conti. Avec son homologue bernois Philippe Perrenoud, il a chargé au printemps trois professeurs - canadien, allemand et anglais - d'une expertise parallèle à celle commandée l'an dernier par Zurich.

Zurich mauvais joueur

Depuis l'été 2005, Zurich fait office de mauvais joueur dans la politique de médecine de pointe. Le canton a refusé de ratifier la convention intercantonale proposée par la CDS pour la répartition des spécialités coûteuses. Il aurait dû renoncer aux transplantations cardiaques. A ses yeux, les efforts devraient se concentrer sur deux pôles d'excellence, l'un à Zurich, l'autre en Suisse romande. Cette option a fâché Berne et Bâle qui sont désormais soutenus par cette nouvelle expertise.

Présents mardi à Bâle, les professeurs mandatés ont évalué la viabilité de six scénarios «en considérant la complexité helvétique». Résultat: ils désapprouvent l'idée zurichoise. «Malgré de nombreux avantages», cette configuration irait, estiment-ils, à l'encontre de la culture confédérale du pays. «Elle ne permet pas une coordination optimale au niveau national et la transition par rapport à la situation actuelle serait très coûteuse. Une telle réduction limiterait les collaborations avec les hôpitaux cantonaux», argumente le professeur Pierre Collerette du Département des sciences administratives de l'Université du Québec.

Pourtant, on reconnaît, au vu des dimensions du pays, la nécessité d'une concentration. Idéalement, les experts soutiennent un réseau intégrant tous les hôpitaux universitaires et entre lesquels les prestations seraient réparties. Dans un premier temps, ils encouragent un réseau à plus petite échelle, à l'image de celui qui se développe entre Bâle et Berne en matière de neurochirurgie et de chirurgie cardiaque. «On évite les désavantages d'un monopole, on crée une concurrence saine entre les centres en renforçant la recherche», poursuit Pierre Collerette.

Etude retardée

Du côté des chefs de la Santé bâlois et bernois, tout comme à Genève et à Lausanne, on applaudit cette étude en invitant Zurich à monter dans le navire. Pour Philippe Perrenoud, «le fonctionnement d'un bon réseau passe aussi par des renonciations». On compte aussi sur les élections zurichoises du début 2007 pour donner un nouveau contour à la discussion. A Zurich, les commentaires sont pour l'heure retenus. «Des critères géographiques, culturels ou politiques ont été pris en considération dans cette étude. Celle que nous avons commandée pose la question différemment et se focalise sur la qualité de la médecine de pointe et sa résonance internationale», relève le secrétaire général de la Santé Martin Brunnschweiler.

L'étude zurichoise a été retardée mais sa présentation est promise pour la fin de l'année. Un résultat intermédiaire en mai soutenait la concentration autour de deux centres en envisageant toutefois, dans certains secteurs, le maintien de plusieurs sites.

Le débat intercantonal, lancé depuis plusieurs années, n'en est pas encore à son terme, loin de là. La date pour la mise sur pied d'une nouvelle convention n'est pas prévue avant le printemps.

Pour Markus Dürr, conseiller d'Etat lucernois et président de la CDS, il faut dans un premier temps prendre connaissance des deux expertises pour y rechercher «des points communs». Des discussions bilatérales devraient être lancées dès jeudi lors de l'assemblée plénière de la Conférence.