Dans son gobelet en carton, quelques rares francs s’entrechoquent. Chaussettes violettes, pantalon léopard et regard creux, la jeune femme en appelle à la générosité des passants. A peine le temps de lui demander son nom, Mihaëla, et son origine, la Roumanie, qu’un quidam interrompt la conversation. «Vous feriez mieux de lui proposer les repas offerts chaque soir plutôt que d’alimenter un système», sermonne ce passant qui s’engouffre dans un tram, coupant court à toute possibilité de dialogue.

Au pied du siège du gouvernement bâlois, la scène est symptomatique d’un climat de défiance qui s’est installé depuis le début de l’été dans la cité rhénane. Il faut dire que Bâle n’était plus habituée à regarder la pauvreté dans les yeux. Souvent cité en exemple par les sections romandes de l’UDC pour sa politique restrictive, ce canton à majorité de gauche a longtemps interdit la mendicité sur la voie publique, n’hésitant pas à mettre les mendiants à l’amende. Or, depuis le 1er juillet, l’interdiction de la mendicité a été levée. En quelques jours seulement, la mendicité s’est rendue visible au centre-ville et le long des rives du Rhin, rouvrant un inextricable débat autour d’un phénomène qu’aucune politique nationale ou internationale n’a réussi à éradiquer.