Comment lancer et entretenir un véritable partenariat entre les habitants d'un quartier et leurs autorités communales, avec l'objectif d'améliorer la qualité de la vie dans la cité? La question n'a pas seulement agité les esprits des participants au premier Forum social mondial à Porto Alegre, mais aussi celui des élus de plusieurs agglomérations en Suisse, comme à Bâle ou encore à Lausanne. Si aujourd'hui la première des deux villes a déjà voté un crédit de 2,5 millions de francs pour une revalorisation de plusieurs zones d'habitat, la seconde n'en est toujours qu'au stade de la réflexion.

Malgré le dépôt de deux motions, l'année dernière, au parlement de la capitale vaudoise, le débat sur la participation de la population à la gestion communale n'a que très peu progressé à Lausanne. D'une part, il est retenu par des enjeux politiques. Et, de l'autre, le principe de la participation nécessite, selon les autorités, un long travail de préparation et de consultation. «Nous étudions plusieurs voies et chacune d'elles doit être affinée avant de savoir jusqu'où, comment et à quelle vitesse elles peuvent être introduites», explique le municipal Daniel Brélaz, responsable du groupe de réflexion que l'exécutif à créé dans le cadre de cette démarche. Parmi les pistes retenues, figure le principe de la décentralisation. Des mandats seraient ainsi confiés à des organisations de quartier avec l'objectif d'examiner les doléances des habitants. Des doléances touchant à l'environnement, au logement ou encore au social. «Les gens devront avoir la conviction que c'est eux qui profitent de cette organisation, et pas seulement une personne ou une association, précise Daniel Brélaz. Ce qui signifie que le système sera confié à des habitants et qu'il doit le leur rester.» Avant d'appliquer définitivement le principe de la participation dans différents quartiers de la ville, le municipal envisage de l'essayer dans plusieurs zones pilotes. Aussi, il faudra peut-être encore près de trois ans pour que la réflexion ne se transforme en un projet.

«Les exécutifs n'ont aucune envie de la participation des citoyens: pour eux, ce sont des encrasseurs», redoute Pierre Santschi. Le président du groupe des Verts au parlement lausannois assure cependant «qu'il approuve et encourage toute discussion sur le système». Par conséquent, l'élu trouve «bien que le législatif relance le sujet» avec deux motions: l'une popiste, qui demande notamment l'attribution d'un budget participatif à des comités de quartier ouverts à tous les habitants. L'autre, socialiste, qui s'appuie sur l'exemple de Bâle-Ville et qui a les faveurs de Daniel Brélaz.

Avant de lancer la première phase de son projet, appelé Atelier de la ville (Werkstadt), le comité de pilotage bâlois a divisé la cité en seize quartiers et lancé la mise en place de groupes de personnes disposées à porter le projet, à servir de relais pour les habitants de chacune des zones. Cette structure établie, «des ateliers d'innovation» ont été ensuite créés dans les différents quartiers afin de concevoir des forums. Des forums qui n'ont pas été seulement organisés pour recueillir des critiques de la part de la population, mais aussi pour l'inviter à développer des visions et des idées convergeant vers une meilleure qualité de la vie. Cela, avec la perspective de voir les propositions se concrétiser.

Quelque quatre cents idées, parfois innovatrices et souvent réalisables à moindre frais, sont sorties de ces ateliers. Ce matériel a été par la suite analysé par la direction du projet et par le comité de pilotage, qui en a tiré 25 thèmes de travail. Exemples: le trafic pendulaire, la qualité de l'école, la propreté, le stationnement des véhicules, ainsi que des questions touchant les jeunes. A ce point du projet, la balle a été dans le camp des groupes d'intérêts. Car la règle suprême exigeait, pour le lancement de chacun des thèmes, le consensus. Pari réussi. Sur les 25 thèmes, tous l'ont obtenu.

Depuis l'été 1999, soit trois ans après l'élaboration du projet Atelier de la ville, des améliorations ont été apportées tant dans les écoles que dans l'aménagement des rues. D'autres intentions sont programmées, comme la construction de 5000 logements attrayants dans les dix ans.