Urbanisme

Bâle rêve de bâtir une île sur le Rhin

«Rheinhattan» pourrait devenir la griffe ultramoderne de la cité rhénane. Des citoyens se battent contre un futur «îlot de luxe»

Bâle rêve de bâtir une île sur le Rhin

Urbanisme La cité rhénane projette la construction d’un quartier ultramoderne

Des citoyens se battent contre un futur «îlot de luxe»

Une terre va-t-elle émerger au milieu du Rhin? Bâle-Ville veut bâtir une île de toutes pièces au nord de la cité, à la frontière avec l’Allemagne et la France. La bande de terrain, de plus d’un kilomètre, accueillerait des logements et des bureaux. «Rheinhattan», comme la surnomme les Bâlois, pourrait devenir la griffe ultramoderne de la cité rhénane, avec une ligne de gratte-ciel au bord de l’eau.

Le projet embryonnaire, qui ne devrait pas voir le jour avant 2030, provoque déjà des résistances. Les habitants des quartiers environnement – Klybeck et Kleinhüningen – fustigent un plan «mégalo» voué à «enrichir des investisseurs privés et le lobby immobilier». Ils ont remporté une manche le mois passé grâce à l’intervention du parlement. Le canton est désormais tenu de les impliquer dans le processus.

Plusieurs facteurs ont poussé les autorités à imaginer cette extension aquatique, ainsi que la refonte du quartier, il y a plus de cinq ans. D’abord, le déplacement du port de Kleinhüningen. CFF cargo et Bâle-Ville ont l’intention d’agrandir le bassin portuaire en direction des voies de chemin de fer pour faire un terminal trimodal (maritime, routier et ferroviaire).

Le canton se retrouverait alors avec un vaste espace déserté à reconstruire. «Bâle-Ville manque de logements et ne dispose guère de terrains pour absorber sa croissance. C’est une occasion rêvée pour densifier le centre», explique Thomas Grossenbacher, député vert au parlement.

Bâle-Ville voit grand. C’est une transformation complète d’un quartier qui est à l’étude, en collaboration avec la France et l’Allemagne. Le projet 3LAND concerne 425 hectares, sur les deux rives du Rhin. Au centre du fleuve: l’île, avec des bureaux et des logements pour plus de 1500 habitants. Plusieurs cabinets, dont les hollandais MVRDV et les suisses Herzog & De Meuron, ont été sollicités pour élaborer des idées.

Les premières images de synthèse, provisoires, ont été publiées par les autorités en 2012. Révélant un quartier d’affaires, à l’image de Manhattan. «C’est là que les résistances se sont cristallisées», raconte Thomas Grossenbacher. Les habitants des quartiers environnants, de la classe moyenne inférieure, logent dans des immeubles bon marché. Ils s’inquiètent du risque de «gentryfication»: «Ils ont peur que les loyers explosent et que le quartier ne devienne un îlot de luxe», poursuit l’écologiste.

«L’image de synthèse ne représente plus le projet, tel qu’il est appréhendé actuellement», souligne le Département des travaux publics, qui rejette d’ailleurs le terme de «Rheinhattan». «Greenhattan serait plus adéquat», précise Thomas Waltert, le chef du projet. «Il s’agit d’un processus participatif, qui évolue en fonction des échanges avec les différents acteurs», ajoute-t-il. Mais cela n’a pas suffi à rassurer les plus méfiants. Ecologistes, alternatifs, et simples citoyens se sont réunis en diverses associations pour se battre contre le Masterplan.

«Le canton doit faire encore des efforts pour impliquer les habitants. Sinon, ils vont tout faire pour bloquer le projet», estime Thomas Grossenbacher. Le député en a même fait l’un de ses chevaux de bataille. Le 19 novembre, il a réussi à convaincre la majorité du parlement d’adopter une motion, réclamant que le gouvernement revoie ses méthodes. Il doit suivre dorénavant une approche plus «participative».

Le Vert réfute vouloir freiner le développement de l’île: «Je suis favorable à ce projet de densification, et même aux gratte-ciel. C’est de toute façon une zone industrielle, déjà bétonnée. Mais il faut qu’il y ait assez d’appartements à des prix abordables et que les bureaux n’occupent qu’une minorité de l’espace. Bâle-Ville compte déjà assez de surface commerciale. Ce doit être un lieu écologique et social», souligne le Bâlois, qui plaide pour un îlot sans voiture.

Au stade des études préliminaires, le projet ne répond pas encore à ces questions. Et sa réalisation, qui dépend du terminal portuaire, demeure encore hypothétique. «Sans le déplacement du port, la construction de l’île est impossible», a rappelé l’année passée le conseiller d’Etat Hans-Peter Wessels. Le canton compte sur la participation financière de la Confédération pour mener à bien le chantier du terminal, devisé à 140 millions de francs. «Mais aucune base légale n’existe actuellement pour financer un tel projet», note l’Office fédéral des transports.

L’espoir bâlois: la révision en cours de la loi sur le transport des marchandises. La commission des transports du national a proposé le 7 octobre un amendement pour permettre de financer le chantier. Mais le parlement doit encore se prononcer l’année prochaine. Le début du chantier n’est pas prévu avant 2017. Prolongeant d’autant la perspective de voir émerger une île au milieu du Rhin.

Le chantier du terminal est devisé à 140 millions de francs

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