ABâle-Ville, il est possible de croiser une patrouille de police trinationale. Car depuis 1996, il n'est plus nécessaire d'être Suisse pour être assermenté comme agent de la police cantonale. Au Grand Conseil, cette disposition de la nouvelle loi avait soulevé moins de remous que l'obligation pour les hommes et femmes en uniforme de porter une plaquette avec leur nom.

«Bâle a une tradition de plusieurs siècles de cohabitation avec ses voisins étrangers: la population a une attitude ouverte envers ce qui vient d'ailleurs», déclare Roberto Zalunardo, le commandant de la police cantonale. Choisi à l'extérieur du sérail, ce Zurichois, fils d'un Italien naturalisé dans l'ambiance fièvreuse des années Schwarzenbach, en est la preuve vivante.

Entré en fonction à la fin 2002, il n'a pas assisté aux débats parlementaires, mais approuve pleinement l'ouverture du corps aux personnes ne possédant pas le passeport suisse. «Quelqu'un qui a grandi ici ou qui vit dans les environs remplit pleinement les conditions définies à l'article 2 de l'ordonnance sur la police cantonale: avoir un attachement pofond aux particularités sociales et culturelles du canton. Pour nous, cela s'étend clairement à toute la région.» La présence de plusieurs nationalités au sein de la police bâloise n'a jamais posé de problème particulier. «Depuis que je suis ici, cela n'a jamais été un sujet de préoccupation. Ni à l'interne, ni auprès du public.»

La barrière de la langue

Roberto Zalunardo précise toutefois: «Dans l'idéal, la police doit refléter la population. Mais nous ne voulons, ni ne pouvons garantir que l'on s'adresse à quelqu'un dans sa langue maternelle. C'est l'allemand qui a cours, et sa maîtrise est primordiale pour l'exercice de notre métier.» Même s'il arrive que des patrouilles soient trinationales, le nombre d'étrangers parmi les quelque 650 agents assermentés en arme reste faible: six, dont trois femmes, et un seul à l'école de police actuellement. L'éventail des nationalités est large: Allemagne, France, Autriche, Turquie, Italie, Espagne.

Aux côtés de Bâle, Schwyz est le seul canton à être allé si loin. «Nous avons voulu être prévoyant. Lors de la révision de la loi, en 2000, la discussion sur la libre circulation des personnes battait son plein. Et si nous acceptons sans peine que des médecins étrangers nous opèrent, pourquoi ne pas aussi admettre d'autres nationalités dans la police», déclare Alois Christen, conseiller d'Etat en charge de la police. Jusqu'à maintenant, un seul étranger a été engagé, un Allemand déjà formé dans son pays qui a dû répéter l'école schwyzoise. Son arrivée n'est pas passée inaperçue et a suscité quelques remous. Entre-temps, l'émotion est retombée. La commandante de la police schwyzoise, Barbara Ludwig, salue expressément cette possibilité d'ouvrir l'éventail à des personnes qui ont l'expérience d'autres cultures. Elle regrette que jusqu'à maintenant, les connaissances linguistiques représentent encore une barrière trop grande pour certains candidats. «Mais nous n'allons en aucun cas baisser nos exigences», ajoute-t-elle.

Dans les autres cantons, la discussion n'est pas encore très avancée. En raison surtout des difficultés de recrutement, Vaud, Genève et Fribourg ont ouvert au début 2004 la formation de leurs agents à des personnes avec un passeport étranger, mais à la condition qu'elles se naturalisent d'ici leur assermentation. Le nombre des «deuxième génération» à en faire usage est encore faible. «On s'attendait à une plus forte demande. Jusqu'à maintenant, c'est décevant. Mais les personnes qui entrent en ligne de compte ne sont pas sûres d'obtenir leur naturalisation dans les délais», explique Jean-François Favre, chef du centre de formation de la police cantonale vaudoise. Qui rêve d'une police pluriculturelle: «Ce serait le nec plus ultra. Des agents qui parlent deux langues, voire plus, sont des gens très précieux dans notre profession.»

La «voie médiane» à Genève

Le sous-effectif chronique des corps de police pourrait toutefois accélérer le mouvement. A Genève, le Grand Conseil a débattu de deux motions opposées, demandant d'un côté une plus grande ouverture, de l'autre l'exclusion des ressortissants étrangers. «Nous avons choisi la voie médiane», déclare Urs Rechsteiner, le commandant de la police. Alors que, statistiquement, on aurait pu attendre des postulations en augmentation de 25%, les candidats étrangers ne se bousculent pas. «Nous sommes encore loin du compte», remarque-t-il. Mais Urs Rechsteiner compte bien revenir assez vite à la charge. A Genève, la nationalité suisse n'est pas un critère d'admission fixé dans la loi. La décision revient à la cheffe du Département de la police. «Nous devons tout faire pour améliorer les performances au niveau du recrutement. Toutes les pistes vont être examinées.»