Climat

A Bâle, une déclaration symbolique en faveur du climat

Les effets des manifestations d’étudiants se font sentir au parlement de la ville rhénane, qui a adopté une résolution proclamant «l’urgence climatique». La décision, non contraignante, pourrait faire des émules ailleurs en Suisse

Les étudiants bâlois étaient entre 8000 et 10 000 à manifester dans les rues de la cité rhénane, le 2 février dernier. Mercredi après-midi, une poignée d’entre eux se sont installés dans la tribune du parlement cantonal pour suivre le débat qu’ils ont provoqué. Quand la décision est tombée, ils ont laissé exploser leur joie: le Grand Conseil de Bâle-Ville a approuvé une résolution proclamant «l’urgence climatique», à 71 voix contre 17 et six abstentions. Les étudiants ont contribué à rédiger ce texte dans lequel le Grand Conseil s’engage à «reconnaître le changement climatique comme une priorité absolue». Tous les partis l’ont soutenu hormis l’UDC.

La résolution bâloise précise que ce concept de «climate emergency», formulé en anglais dans le texte, doit être compris «dans un sens symbolique» et qu’il ne peut servir de base juridique pour des mesures urgentes. Aussi, malgré un net soutien, les doutes sur la portée d’une telle décision n’ont pas manqué de s’exprimer. Pour certains, ce n’est rien d’autre qu’un moyen de calmer la rue en donnant de faux espoirs aux jeunes. D’autres la trouvent simplement inutile. «Nous avons besoin d’actions, pas de déclarations… mais au moins on en parle», souligne Raoul Furlano. L’élu libéral-démocrate a déposé le même jour une motion pour créer une commission vouée à traiter les questions climatiques. Au final, le souhait de «montrer aux jeunes qu’on les prend au sérieux» l’a emporté dans le débat bâlois.

Till Berchtold, 19 ans, se trouvait dans la tribune du parlement: «Nous sommes conscients que c’est avant tout une déclaration d’intention. Mais nous espérons que les politiciens s’en souviendront dans leurs futures décisions.» Les jeunes activistes considèrent ce vote comme une victoire d’étape et sont déterminés à poursuivre leur mobilisation. Ils appellent à descendre dans la rue de nouveau le 15 mars prochain. «La lutte contre le réchauffement doit se faire à tous les niveaux, à commencer par le local», souligne le gymnasien.

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Une source d’inspiration pour d’autres cantons

C’est ce que dit la résolution bâloise. Il est essentiel de réduire «massivement» les émissions de gaz à effet de serre «le plus rapidement possible» pour prévenir un réchauffement climatique «incontrôlable, aux conséquences imprévisibles», stipule le texte. Mais «la responsabilité individuelle» ne suffira pas: «Des mesures efficaces sont maintenant nécessaires aux niveaux communal, cantonal, national et international pour contrer cette catastrophe imminente.»

Le Grand Conseil s’engage à examiner «l’impact sur le climat et la durabilité environnementale, sociale et économique» des affaires qu’il traite et à privilégier dans la mesure du possible les décisions qui atténuent le changement climatique. Il précise qu’il se référera aux expertises du GIEC afin de prendre des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Enfin, il exhorte le gouvernement cantonal à mieux informer la population sur le réchauffement climatique et ses conséquences.

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«Premier pas vers des mesures»

Si elle est purement symbolique, cette résolution n’en est pas moins importante aux yeux d’Aeneas Wanner, l’élu vert’libéral qui a porté les revendications des jeunes au parlement de Bâle-Ville: «Avant de résoudre un problème, il faut commencer par le formuler. Deux tiers du parlement reconnaissent l’urgence climatique: c’est un premier pas vers des mesures.»

L’élu vert’libéral estime que les cantons disposent d’une marge de manœuvre en politique climatique dans les domaines des transports, du chauffage ou des bâtiments. Et il espère que la décision bâloise pourra servir d’exemple ailleurs en Suisse: «J’ai été contacté par des politiciens de Berne et Zurich, inspirés par notre résolution.» D’autres villes ont décrété un «état d’urgence climatique», souvent sous l’impulsion des jeunes activistes pour le climat, en Grande-Bretagne, en Australie ou encore au Canada.

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