#LeTempsAVélo

Durant six semaines, plusieurs équipes de journalistes du Temps et d’Heidi.news se relaient pour parcourir la Suisse à vélo et raconter ses transformations. Suivez leur odyssée grâce à notre carte interactive et retrouvez leurs articles écrits au fil du chemin.

Il ne faut pas se balader bien longtemps dans les rues de Bâle avant de se rendre compte qu’ici, le vélo est roi. Et pourtant, il y a vingt-trois ans, la cité rhénane – et la Suisse en général – était larguée au fond du peloton dans ce domaine. Mais le changement de braquet a été drastique, rapide et efficace, à en croire les usagers.

Président de l’association Pro Vélo depuis 2017, Matthias Aebischer connaît parfaitement l’idylle entre la Suisse et les cyclistes, qui ressemble plus à une famille recomposée sur le tard qu’à un coup de foudre ancestral. «Dans certains pays, comme le Danemark ou les Pays-Bas, le vélo est au centre des réflexions depuis plus de trente ans. Chez nous, cela fait seulement dix ans que nous nous intéressons de près à ce moyen de transport. Jusqu’ici, on peut même dire qu’une petite guerre opposait pro et anti-vélo.»

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Les avantages du vélo sont multiples

Sur les bords du Rhin, un tiers des employés se rend à son lieu de travail au guidon de son deux-roues. En 2015, un sondage de l’Office fédéral de la statistique indiquait même que Bâle était sur la troisième marche du podium des ménages ne possédant aucune voiture (52,1%), bien plus haut que la moyenne suisse, à 22%.

Mais alors, qu’est-ce qui fait que les habitants de la cité rhénane se sont liés d’amour pour leur bicyclette? «Quand il fait beau, pédaler ici est un bonheur. Je ressens comme un sentiment de liberté, agrippé à mon guidon», explique Niels, un étudiant croisé sur son trajet vers l’université. «En ville, le vélo est clairement le moyen de transport le plus rapide pour rallier la gare et le centre névralgique. En plus, ça nous oblige à faire du sport dès le matin et ça, c’est aussi très important pour la santé.»

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Du même avis que son ami, Moritz, le casque de rigueur vissé sur la tête, appuie sur les éléments déjà cités et en rajoute: «Avec ton propre vélo, il y a l’avantage que tu ne paies jamais rien, sans oublier que c’est probablement la façon la plus écologique de se déplacer, un élément qui compte énormément aux yeux de ma génération désormais.»

Si la plupart des personnes croisées de bon matin ont toutes des arguments plus ou moins différents, un aspect ressort à chaque fois: la sécurité influence beaucoup les utilisateurs à grimper sur la selle.

Des installations sécurisées et envoûtantes

Fidèle à son deux-roues, Matthias Aebischer confirme que rouler en toute confiance est la clé du succès. «On se rend compte qu’avec des pistes cyclables, des espaces consacrés aux vélos et une signalisation adaptée, le risque d’accident n’est pas plus élevé que derrière son volant.» Celui qui siège également au Conseil national sous les couleurs du Parti socialiste pousse la réflexion plus loin. «Lorsque le nombre de cyclistes augmente dans un lieu précis, il y a très vite une répercussion positive sur les accidents de la route.»

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Sur les bords du Rhin, un apprenti cycliste venu de Lausanne se rend rapidement compte que la Suisse romande est en retard d’une guerre, comme le dénoncent de plus en plus des mouvements écolos qui bloquent des routes, et parfois même des autoroutes – ce fut le cas récemment entre la capitale vaudoise et Morges.

En prime, les embouteillages se font moindres et, surtout, il est agréable de rouler sur des espaces dédiés exclusivement aux deux-roues. Les pistes cyclables sont larges et, parfois, des bords de routes ont été surélevés pour protéger les cyclistes, comme c’est le cas sur le Wettsteinbrücke, où des centaines de Bâlois se croisent dès l’aurore, accrochés à leur guidon, pour rejoindre les deux berges opposées du Rhin. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ce pont est quotidiennement l’axe le plus emprunté par les cyclistes du pays, selon des comptages de l’Université de Lausanne.

Encore des progrès à faire

Arrivé à la gare, voici peut-être l’installation la plus atypique de la ville. Un parking sous-terrain 100% consacré aux vélos. Cette énorme infrastructure fonctionne comme un parking traditionnel. Il faut prendre son ticket pour y entrer et régler la facture quand vient le moment de s’en aller. Les avantages de ce point de stationnement sont multiples. La sécurité y est assurée, il n’y a pas de risque lié aux conditions météorologiques, et la proximité avec les quais est idéale.

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C’est d’ailleurs cette installation qui a convaincu Matthias Kuhn, professeur à l’Académie de musique, d’enfourcher son vélo quotidiennement. «J’habite à Berne et il faut dire que, pour moi, c’est très pratique. J’arrive avec le train, et je n’ai plus qu’à retrouver mon vélo chaque matin pour suivre ma route afin de rejoindre mon lieu de travail.» Chaque soir, le professeur pose sa «bécane de fortune» sur une place réservée à cet effet avant de rentrer chez lui sereinement, en modèle de la mobilité multimodale.

Malgré un retard qui se comble au fur et à mesure par les initiatives de certaines grandes villes, comme Bâle, il y a encore du chemin à faire pour rivaliser avec nos voisins nordiques. Raison pour laquelle, notamment, le parlement débattra justement de la loi sur les voies cyclables d’ici à la fin de l’année. «Nous voulons inciter encore plus de monde à opter pour ce moyen de transport», assure Matthias Aebischer avant de dévoiler les mesures qu’il souhaiterait voir entrer en vigueur. «Avec cette loi, les cantons et les communes seront obligés de planifier un réseau de pistes cyclables attractif. Chaque nouvelle construction routière devra aussi réfléchir à l’incorporation d’installations adéquates pour les deux-roues.» La sécurité fait partie intégrante de ce projet de loi, qui pourrait permettre à la Suisse de pédaler, un peu plus vite, dans la bonne direction.