Désormais, sur la plate-forme longtemps alternative du Flon à Lausanne, on ne fera plus de la culture avec des bouts de ficelle. Hier, c'est un temple hollywoodien que le patron de Métrociné, Miguel Stucki, a présenté en images de synthèse: un multiplex de sept salles, 1809 places, avec le plus grand écran de Suisse (20 mètres de large), sera construit si tout se passe bien d'ici à novembre 2001, en plein cœur de Lausanne pour la somme de 25 millions de francs. Pour ce projet gigantesque, un concept architectural via Los Angeles: une «fausse» façade opaque-translucide entourant la façade en dur du bâtiment et qui permettra la projection d'images, genre affiche de cinéma ou bande-annonce. A l'intérieur, confort absolu: sonorisation digitale 2 canaux, fauteuils club avec double accoudoir. Dans le hall: une multitude de caisses, des bornes alternatives pour retirer les billets réservés par Internet, des jeux vidéo, billard, boutiques, bar et restaurant. De quoi alimenter le parking de 650 places que le groupe LO, propriétaire de la quasi-totalité du Flon, projette de construire tout à côté, sous un bâtiment administratif appelé pompeusement les «Colonnades», qui devrait être érigé tout à côté du cinéma par le même architecte et sur le même concept tape-à-l'œil. La demande de permis de construire pour le cinéma, tout comme les demandes de permis pour les autres nouveaux bâtiments du Flon, ont déjà été déposées. Mais tout est bloqué tant que les oppositions au plan partiel d'affectation (PPA) du quartier ne sont pas levées. La mise à l'enquête du multiplex devrait être lancée dans une quinzaine de jours.

Et la fièvre lausannoise pour les multisalles ne s'arrête pas au Flon. A Bussigny, le même Métrociné (racheté il y a peu par le groupe Europlex) projette l'ouverture d'un complexe de 14 salles. Mais deux recours pendants depuis huit mois retardent le début des travaux. A Malley – à deux pas du Flon et à une bonne trotte de Bussigny – les compères de Ciné Qua Non – les concurrents lausannois de Métrociné – ouvriront quant à eux un autre cinéma de six salles d'ici à l'automne 2001. Plus de 6000 places de cinéma supplémentaires d'ici à quelques mois à Lausanne? «Je suis convaincu que ces projets ne se feront pas concurrence et généreront une nouvelle demande auprès du public», dit Miguel Stucki. Qui s'apprête à sacrifier «4 ou 5» de ses propres salles au centre-ville. Aucun bail n'est encore dénoncé.

Inquiétudes au Ciné-Village de Balexert

La confiance de Métrociné dans l'avenir des multisalles contraste avec les difficultés dans lesquelles se trouve aujourd'hui le plus grand complexe de cinéma de Genève. Ouvert il y a à peine neuf mois, le multisalles Ciné-Village (10 salles), installé dans le centre commercial de Balexert, craint en effet la fermeture ou le rachat. La société australienne Village Roadshow, qui a ouvert à Genève son premier multisalles en Suisse, a annoncé en mai dernier sa volonté de se retirer d'Europe. La société, cotée en Bourse, annonçait une perte de bénéfice de 6 à 8 millions de dollars dans la première moitié de cette année. Ses actions ont perdu 60% en quatre ans. La plus grande société de cinéma et de radio en Australie, qui possède 1600 salles en Australie, en Asie, en Amérique du Sud et en Europe, a déclaré que ses résultats en Allemagne, en Autriche, en France et en Suisse étaient «en dessous de ses attentes, selon l'agence financière Bloomberg». La société impute ses mauvais résultats à la baisse de qualité des productions cinématographiques. Par conséquent, Village Roadshow a décidé en mai d'accélérer la vente de ses licences de propriété et de ralentir l'achat de nouveaux cinémas. Selon nos informations, la société est en train de vendre son réseau de salles en Allemagne.

A Genève, le personnel de Ciné-Village, qui n'a plus de directeur depuis mai dernier (Michel Wieland, actuellement en vacances, a été engagé comme directeur d'exploitation chez Métrociné), se refuse à tout commentaire. Inquiets pour leur avenir, les employés du multiplex de Balexert n'avaient reçu jusqu'à hier aucune information concernant la probable mise en vente des salles.

La société australienne avait l'intention d'investir elle aussi dans la banlieue lausannoise: un projet de 10 salles avait été présenté et mis à l'enquête en automne dernier. Pour l'heure, officiellement, le projet de Crissier est au point mort.