Le Temps: Comment percevez-vous les mouvements citoyens pour le climat?

Balthasar Glättli: Il est fondamental que la politique vive aussi en dehors du parlement. Les Verts sont venus de là. Nous avons émergé de mouvements écologistes, égalitaires, pacifiques. Mon parti comprend et respecte les mouvements, qui ont leur rôle à jouer. Pour changer les choses au parlement, il faut être accompagné de mouvements sociaux forts.

Comme lors de la vague verte qui vous a permis de vous renforcer en octobre dernier?

C’est grâce aux mouvements pour le climat que l’urgence écologiste a enflammé la campagne. Ils ont réussi ce que nous n’arrivions pas à faire au parlement. Mais les grévistes du climat n’ont jamais recommandé de voter pour nous, puisqu’ils ont toujours évité de prendre parti pour une formation ou une autre. Cependant, une fois la population conscientisée, elle a effectivement voté vert. Parce que nous défendions ces buts avec cohérence depuis des années. Nous ne sommes pas devenus verts pour l’occasion.

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Comprenez-vous pourquoi certains grévistes critiquent votre parti?

Nos dissensions sont souvent une question de nuance. Prenons la question du changement de système. Si cela veut dire changer notre manière de vivre, sortir de notre société du tout jetable et décider démocratiquement de nouvelles conditions-cadres pour créer une économie verte tout en respectant notre démocratie, je suis d’accord.

Les mouvements pro-climatiques comprennent-ils les institutions?

Il faudrait le leur demander directement. Certains pensent que demander la lune permet d’avancer petit à petit dans la bonne direction. D’autres que demander la lune revient à effectivement l’obtenir. Ces derniers temps, j’ai régulièrement entendu que des mesures très rapides avaient pu être prises pour répondre à la crise du coronavirus, et donc pourquoi pas pour le climat? Mais ces décisions ont été prises de manière non démocratique. Or, nous ne pouvons pas résoudre la crise climatique en faisant fi de la démocratie.

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Que dites-vous aux jeunes inquiets de la lenteur des changements?

Il faut que les mesures proposées débouchent sur des résultats concrets. Les mouvements climatiques ont avancé des revendications en demandant que la politique les mette en œuvre. Je respecte cela. Mais c’est évidemment plus facile de dire «il faut» sans dire comment. Quand la discussion devient concrète, elle est aussi plus complexe. Et cela prend aussi du temps. Ces difficultés ne doivent toutefois pas nous empêcher d’avancer vite. Car nous n’avons pas de planète B!

Les mouvements actuels sont-ils plus radicaux que les anciens?

Dans les années 1990, je participais au Zaf («Zürich autofrei»). Nous avons bloqué des routes, des ponts. Mais j’ai toujours veillé à ce que ce soit fait avec respect. Pour que les automobilistes comprennent que ce n’est pas eux individuellement qu’on attaque, mais le système de transport. Je soutiens certaines actions illégales, tant qu’elles restent correctes. Il faut respecter le système d’un Etat de droit, car c’est lui qui permet la désobéissance civile. Dans une dictature, ça n’existe pas.

Quel message aimeriez-vous leur faire passer?

Ne vous isolez pas. Il faut mettre la pression mais aussi élargir le mouvement. Le danger pourrait être de se mettre dans un coin et que le mouvement climatique n’ait plus l’effet rassembleur de l’année dernière. Prenez la discussion actuelle au sein de certains mouvements, qui réfléchissent à soutenir un référendum contre la nouvelle loi sur le CO2. Je concède que cette révision est totalement insuffisante, c’est clair. Mais elle représente aussi une nette avancée. La menacer d’un référendum m’est incompréhensible. Car si on parle d’urgence absolue, chaque tonne de gaz à effet de serre compte. Il faut saluer les petits pas s’ils vont dans la bonne direction.

Seriez-vous prêt à faire une formation avec Extinction Rebellion?

Pourquoi pas! Pour mieux comprendre, mais pas pour devenir membre.

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