Uri voit son avenir en rose. Après une année record, la Banque cantonale uranaise, institut public, a annoncé au début du mois qu'elle versait 4,5 millions de francs supplémentaires au cours des trois prochaines années. En contrepartie, le canton s'engage à utiliser cette somme pour une baisse générale des impôts. Le parlement va être saisi à sa session d'avril d'un projet qui prévoit de faire passer la charge fiscale de 105 à 100 points, et cela même rétroactivement dès le début 2005. Alors qu'Uri arrive en avant-dernière position au classement des impositions cantonales, la décision suscite un enthousiasme quasi général.

Grâce à un concours extraordinaire de circonstances, les perspectives financières pour les prochaines années n'ont jamais été si propices. On pourrait même dire que le canton vient de gagner trois fois à la loterie. Comme les autres cantons, Uri va recevoir sa part d'or de la Banque nationale, 95 millions. Qui vont être utilisés pour éponger une partie de la dette de 220 millions de francs. Uri est également le canton qui, par habitant, profitera le plus de l'entrée en vigueur de la nouvelle péréquation financière en 2008. D'ici là, le cadeau de la Banque cantonale permet de baisser immédiatement les impôts.

Pour Max Boemle, professeur honoraire d'économie et spécialiste des banques cantonales, «il n'y a rien d'extraordinaire à ce qu'une société anonyme dans une situation confortable verse un dividende extraordinaire. La Banque cantonale de Thurgovie, par exemple, finance une chaire à l'université de Constance. Mais il est plus inhabituel que la banque dicte au canton ce qu'il faut en faire.» «C'est une solution qui n'est pas conventionnelle, résultat d'un consensus entre la direction de la banque et le gouvernement», répond le ministre uranais des Finances, Markus Stadler.

Le président du conseil de la banque et conseiller aux Etats PDC Hansruedi Stadler est encore plus démonstratif: «Ce n'est pas un cadeau de Berne, mais un vrai produit uranais de qualité, innovatif et créatif.» La Banque cantonale a enregistré en 2004 un des meilleurs résultats de son histoire: sur un bilan de 1,92 milliard de francs, elle présente un bénéfice de 19,8 millions de francs, avec des fonds propres s'élevant à 190 millions de francs. «Nous disposons d'une marge de manœuvre suffisante, et nous sommes bien placés pour affronter les prochaines années», précise Hansruedi Stadler. Le directeur de la Banque cantonale, Peter Zgraggen, espère même pouvoir dégager la somme dans le domaine opérationnel.

Le conseiller d'Etat Markus Stadler, sans parti, garde les pieds sur terre: «La baisse générale d'impôt ne va pas résoudre tous nos problèmes, mais c'est un signe clair, et immédiat. Une impulsion avec une grande valeur symbolique. Notre canton se trouve dans une situation comparable à Neuchâtel au cœur de la crise horlogère. Avec les suppressions d'emplois de l'armée et des CFF, nous avons perdu près 1300 postes de travail au cours de ces dix dernières années. C'est un problème structurel énorme, que nous ne pouvons pas résoudre du jour au lendemain.»

Tous les partis du canton ont réagi positivement. Le PDC parle d'un «signal positif qui dépasse les frontières du canton.» Le parti radical y voit «un premier pas pour augmenter l'attractivité d'Uri comme canton où il fait bon habiter». Le Parti socialiste se montre le plus sceptique; il demande que la réduction d'impôt soit modulée de manière à favoriser les bas et moyens revenus et les familles avec enfants. «Pour les revenus entre 30 000 et 60 000 francs, Uri est même le canton qui a la charge fiscale la plus élevée de Suisse», écrit-il dans un communiqué. Le PS estime également «qu'il n'est pas réaliste qu'Uri puisse se mesurer aux cantons voisins en matière fiscale».

«Nous ne pouvons pas changer complètement le monde à Uri. Si les autres cantons, comme Nidwald, Zoug, Schwyz continuent à baisser leurs impôts, nous ne pouvons pas suivre le mouvement. Mais nous pouvons au moins réduire l'écart», répond le conseiller d'Etat Markus Stadler. Le gouvernement envisage également une deuxième réduction d'impôt ciblée pour les familles et les entreprises. «Mais pas avant quelques années», tempère Markus Stadler.