Banques

La Banque cantonale du Valais lâche son ancien président

L’établissement bancaire estime avoir assez d’éléments, liés à l’octroi d’un crédit important à une entreprise pharmaceutique qui a fait faillite, pour intenter une procédure civile contre Jean-Daniel Papilloud

Le passé rattrape Jean-Daniel Papilloud. La Banque cantonale du Valais (BCVs), dont il a été le président de la direction générale et du conseil d’administration jusqu’en mai dernier, a annoncé lundi soir qu’elle introduisait une action civile en responsabilité à son encontre. Lésée à hauteur de 21,6 millions de francs dans la faillite de l’entreprise pharmaceutique Alkopharma en 2013, la banque veut obtenir réparation.

Pour clarifier le contexte de l’octroi d’un crédit de 85 millions de dollars à Alkopharma, dont le chiffre d’affaires était de 49 millions, la BCVs a commandé une enquête indépendante, complétée par une analyse de deux professeurs de droit. Les conclusions de ces experts poussent la banque à agir. Pour eux, les faits recueillis sont «suffisants pour mettre en cause la responsabilité civile» de celui qui agissait alors en qualité de président de la direction générale. En d’autres termes, Jean-Daniel Papilloud, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, a joué un rôle déterminant dans l’octroi de ce crédit, qui a engendré des dommages pour la BCVs.

Des conflits d’intérêts reprochés?

«Je ne sais pas ce que l’on reproche à Jean-Daniel Papilloud», précise d’emblée Roberto Schmidt, le conseiller d’Etat chargé des Finances. Même s’il détient 70% du capital-actions de la BCVs, le canton n’a pas plus de droits que les autres actionnaires. Il n’a donc aucune information. Mais au vu des différents articles de presse, Roberto Schmidt se questionne: «Reproche-t-on à Jean-Daniel Papilloud des conflits d’intérêts?» Il n’a pas la réponse.

Il est vrai que Jean-Daniel Papilloud et le directeur d’Alkopharma étaient proches. Très proches. Selon un article du Matin Dimanche paru en janvier dernier, les deux hommes entretenaient une relation amicale. Le directeur de la société pharmaceutique a même élu domicile chez le président de la BCVs lorsqu’il s’est séparé de sa compagne.

Cette relation étroite entre les deux hommes aurait dû obliger Jean-Daniel Papilloud à se récuser au moment de statuer sur le crédit accordé à Alkopharma. Mais il ne l’a pas fait. Le document qui valide la relation bancaire le prouve. Il est signé de la main de Jean-Daniel Papilloud, selon Le Matin Dimanche, qui l’a en sa possession.

Une «responsabilité particulière»

«Dans une banque, un crédit d’une telle importance n’est jamais décidé par une seule personne», rappelle Luc Thévenoz, directeur du Centre de droit bancaire et financier de l’Université de Genève. «Si Jean-Daniel Papilloud est seul inquiété, c’est que la banque considère qu’il a une responsabilité particulière dans cette affaire. Pour le moment, il n’est pas possible de savoir laquelle.»

La chronologie des événements étonne également. Après la faillite d’Alkopharma en 2013, Jean-Daniel Papilloud est encore resté cinq ans au sein de l’établissement bancaire, en tant que président du conseil d’administration. En comparant cette affaire à celle de l’ancien patron de Raiffeisen Pierin Vincenz, soupçonné de relations commerciales déloyales, Luc Thévenoz explique qu’il faut souvent «du temps et des circonstances particulières» pour que les langues se délient et que ce genre d’affaires soient dévoilées.

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