Une nouvelle attaque s'ouvre sur le flanc des anciens organes de la Banque Cantonale de Genève (BCGE). Les dirigeants ne devront pas seulement répondre de leur gestion devant la justice pénale, mais aussi civile. Le Conseil administratif de Genève a décidé d'intenter une action en responsabilité à la fois contre l'organe de révision et contre le conseil de banque d'alors. Il va donc plus loin que le Conseil d'Etat, qui limite son action à l'organe de contrôle.

Pour la Ville, «il n'y a aucune volonté de curée, mais un souci d'équité et de justice. La population attend qu'on désigne les responsables. Si la banque veut retrouver le lien et la confiance des citoyens, cela passe par là», relève Manuel Tornare, son vice-président. Le pas franchi mercredi n'est pas une surprise. La Ville avait déjà annoncé, en mai 2000, qu'elle se réservait le droit d'ouvrir une telle action.

Aux yeux de Christian Ferrazino, viser le réviseur ATAG n'est pas suffisant. Sur la base des éléments actuels du dossier, il y a déjà lieu de s'étonner des bilans qui étaient alors présentés et sous-estimaient les provisions. Insuffisantes, celles-ci auraient entraîné un dépôt du bilan. «On peut dès lors se dire qu'il y a peut-être eu volonté de ne pas présenter la situation réelle», souligne le conseiller administratif.

La Ville, en tant qu'actionnaire, possède actuellement 21% du capital. Lors de l'assemblée générale, elle avait certes donné décharge aux administrateurs. Mais celle-ci n'a été accordée que «par rapport à la connaissance du dossier». A plusieurs reprises, des questions s'étaient en effet heurtées au refus d'informer des anciens dirigeants de la BCGe, qui invoquaient le secret ou les démarches avec la Commission fédérale des banques.

Au total, ce ne sont pas moins de 170 millions qui ont été injectés par la Ville dans l'établissement, rappelle le chef des Finances, Pierre Muller. Au moment de la recapitalisation, elle a participé pour 68 millions, plus environ 2 millions de dividendes auxquels elle a renoncé. En plus de la procédure civile, le Conseil administratif entend se constituer partie civile au niveau pénal, en cas d'inculpation vraisemblable des anciens dirigeants.

Mais la démarche n'est pas encore assurée, car la Ville devra faire valoir qu'elle a été lésée. Elle va maintenant s'attacher à évaluer et chiffrer le préjudice. D'autres pourraient suivre. Par hypothèse, la banque elle-même, lésée, pourrait par exemple aussi se porter partie civile. Une procédure est également attendue du côté du Conseil d'Etat.

A l'issue de la séance d'hier, le président Carlo Lamprecht a dit que la décision d'attaquer l'organe de contrôle de la BCGe n'avait pas encore été prise. Le gouvernement attendrait de connaître les inculpations qui devraient être prononcées vendredi, d'une part, et les résultats des investigations demandées à une fiduciaires et à un avocat. Cette version «attentiste» a toutefois été démentie par deux autres conseillers d'Etat qui assurent que la décision a bel et bien été prise. Les membres du Conseil d'Etat vont se pencher sur leur procès-verbal.