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La banque Pasche dans la tourmente à Monaco

L’établissement est sous enquête pour blanchiment. Trois lanceurs d’alerte ont été licenciés

La banque Pasche dans la tourmente à Monaco

Argent L’établissement est sous enquête pour blanchiment. Trois lanceurs d’alerte licenciés

«Dérive mafieuse.» C’est en ces termes forts qu’un ancien cadre de Banque Pasche Monaco s’est inquiété, auprès de sa hiérarchie, de pratiques de l’établissement monégasque entre 2010 et 2013. La banque était alors dans le giron du groupe genevois Banque Pasche SA – lui-même en mains du français Crédit Mutuel/CIC –, qui s’en est séparé en novembre 2013.

Révélée fin 2013 par RTL , l’affaire rebondit aujourd’hui sur le site Mediapart , qui a annoncé vendredi une série d’articles à paraître sur «les dérives de la banque»: «Un système d’évaporation de fonds vers les paradis fiscaux et divers circuits de blanchiment d’argent au sein de la banque.» Autant de pratiques supposées qui ont poussé le parquet monégasque à ouvrir, fin 2013, une information judiciaire pour «blanchiment», puis pour «omissions de déclarations de soupçons de blanchiment».

C’est en décembre 2012 que le sous-directeur chargé de la zone Afrique de Banque Pasche Monaco et deux de ses collègues alertent leur direction, après avoir découvert des dépôts d’espèces fréquents et sans justificatifs – allant de 10 000 à 400 000 euros, écrit Mediapart – ainsi que des transferts jugés douteux vers des sociétés offshore.

En mars 2013, le sous-directeur fait part de ses découvertes au directeur de la filiale monégasque, Jürg Schmid, et la conversation est enregistrée. «Chaque fois qu’on vérifiait une opération, elle était référencée comme blanchiment, empilage, modification de compte», rapporte alors le sous-directeur. Selon Mediapart et sur la base de l’enregistrement de la conversation, Jürg Schmid tente de calmer les ardeurs de son sous-directeur. Mais fait un aveu troublant: «Nous, à la banque Pasche Monaco, on a une situation où l’on doit probablement accepter des clients que dans d’autres banques, on n’accepterait certainement pas.»

Et le directeur de prendre un exemple: «J’en ai un, le grand Brésilien. Je sais très bien qu’il n’y a aucune banque sur Monaco qui n’a voulu lui ouvrir un compte. Aujourd’hui, personne ne le veut car c’est vraiment un fer chaud. […] Evidemment, il est connu, mondialement connu. Alors on a un risque de réputation. On sait qu’il a reçu de l’argent pour faire des faveurs, mais ce n’est pas politique […]. On a décidé ensemble, on le prend parce qu’il nous a rapporté 30 millions d’euros. Ce n’est pas rien.»

Plainte pour calomnie

Le grand Brésilien? Ricardo Teixeira, membre de la FIFA et ancien président de la Fédération brésilienne de football, poussé à la démission en 2012 par des accusations de corruption. Banque Pasche Monaco aurait ainsi hébergé son argent sans alerter la cellule anti-blanchiment du gouvernement monégasque, alors qu’elle était tenue de le faire par la loi.

En 2013, les trois lanceurs d’alerte ont été licenciés. Contacté par Le Temps, le directeur général de Banque Pasche SA, à Genève, Jean-Pierre Merlo, précise que «les trois personnes ont été licenciées en 2013 pour des raisons légitimes» et que «la banque a déposé plainte pour calomnie auprès du procureur général de Monaco». Sur le fond de l’affaire, il ne souhaite pas faire plus de commentaires, rappelant que Banque Pasche Monaco est sortie du groupe Pasche en 2013. Egalement contactés, les deux vice-présidents du conseil d’administration de Banque Pasche SA, les avocats genevois Dominique Warluzel et Alain Bruno Lévy, n’ont pas été en mesure, vendredi, de répondre à nos questions.

Alors que les trois employés licenciés collaborent désormais avec la justice monégasque et réclament 1,8 million d’euros à la banque, le Crédit Mutuel/CIC semble prendre l’affaire très au sérieux: en avril dernier, la banque a fait enregistrer, par huissier, une conférence de presse organisée par l’avocate des trois employés.

A Monaco, l’enquête se poursuit. Procureur général de la Principauté, Jean-Pierre Dréno se refuse également à tout commentaire, pour ne pas compromettre ses investigations. De leur côté, le Ministère public de la Confédération et le parquet genevois indiquent ne pas avoir reçu de demande d’entraide judiciaire dans cette affaire .

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