Le Temps: En tant que ministre de l'Economie, êtes-vous satisfait de l'accord global?

Pascal Couchepin: Oui. Je pense que c'est quelque chose de positif, comme toutes les fins de conflits. Dans le cas présent, le climat s'était considérablement détérioré, d'autant plus que les responsables de l'économie suisse n'étaient pas habitués à ce type de situation. C'était devenu très lourd pour eux.

– N'existe-t-il pas le risque que cette affaire ouvre la brèche à d'autres conflits du même genre?

– Lorsqu'on travaille aux Etats-Unis, il faut prendre en compte le système juridique américain. Mais quel que soit le système juridique en vigueur, les banques auraient de toute manière dû payer, puisque tout le monde a admis qu'il y avait un problème de fond. Il s'agit donc d'un cas particulier et je ne crains pas qu'il crée un précédent.

– Un règlement dans le cadre de l'OMC n'aurait-il pas été préférable?

– En aucun cas. Une telle procédure serait très longue. Elle durerait un an et demi au minimum. Et si nous la gagnions, l'OMC donnerait l'ordre au gouvernement américain d'intervenir auprès des Etats pour lever les sanctions. C'est exactement ce que nous pouvions obtenir en discutant directement avec le gouvernement Clinton.

– Cette affaire laissera-t-elle des traces dans les relations entre la Suisse et les Etats-Unis?

– Je crois que les Suisses se sont rendu compte une fois de plus que nous vivons dans un monde où les relations internationales sont si intenses qu'elles exigent une coopération entre les pays. On ne peut pas rester isolé. Je crois que cela démontre la nécessité pour nous d'avoir des relations plus étroites avec l'UE. Je pense aussi que cet événement a rendu plus réaliste et moins idéaliste la vision que les Suisses ont des Etats-Unis.

– Le président Franz Steinegger et certains autres membres du Parti radical ont parlé de «chantage», de «racket», de «méthodes dignes du Far West» après la conclusion de l'accord. Partagez-vous ces sentiments?

– Je ne commente pas les propos des responsables de partis, même ceux tenus par des personnes qui me sont très chères, pas plus que je ne commente les décisions des cantons ou celles des Eglises.

– Que doit maintenant faire le Conseil fédéral? Doit-il apposer sa signature au bas de l'accord global afin de lui donner une caution politique?

– J'ai lu le texte de l'accord et je n'ai vu nulle part qu'on demandait la signature du Conseil fédéral. A mon avis, le gouvernement ne doit pas se mêler de cet accord. Mais je n'en fais pas un principe absolu tant que je ne connais pas les souhaits des autres gouvernements impliqués.

Propos recueillis par B. W.