Une alliance peu habituelle a réuni vendredi Christian Levrat, Christoph Blocher et Nicolas Hayek devant les médias à Berne. Leur but à tous trois: redimensionner l’UBS et le Credit Suisse.

Il existe un consensus à ce propos entre le président du PS, l’ancien conseiller fédéral UDC et le président de Swatch Group, ont-ils indiqué au cours d’une conférence de presse intitulée «Quand la taille des banques pose problème à l’ensemble du pays».

«On est là pour dire que les banques ne doivent plus nous mettre en danger», a expliqué Nicolas Hayek, initiateur de la collaboration. Si le but commun est clair, les chemins pour y arriver divergent. «Les détails restent ouverts» et «ce n’est vraiment pas une alliance totale», a annoncé Christoph Blocher.

Régulation ciblée

Dans l’intérêt de l’économie réelle et de l’emploi, il faut désormais s’assurer que le cas UBS ne puisse plus jamais se reproduire. Et ceci grâce à des mesures de régulation concrètes et bien ciblées, ont-ils expliqué.

La place financière doit fonctionner au service de l’économie réelle et de toute la population. Elle ne saurait devenir une charge pour l’économie nationale, estime le trio, épaulé pour l’occasion par la conseillère nationale Susanne Leutenegger Oberholzer (PS/BL) et le président de l’UDC Toni Brunner.

Ce retour à une activité bancaire durable et moins spéculative est d’ailleurs, et au premier chef, dans l’intérêt de la place financière.

Mais pour que cela réussisse, il faut deux mesures: continuer à rendre plus sévères les règles portant sur la part de fonds propres des grandes banques, afin de les forcer à réduire leurs bilans hypertrophiés.

Deuxièmement, il faut que la Banque nationale suisse (BNS) et l’autorité de surveillance des marchés financiers (FINMA) développent une stratégie susceptible de régler, une bonne fois pour toutes, la question du «trop gros pour faire faillite».

Suisse très exposée

Ces efforts doivent trouver une assise internationale. Si une solution commune doit être mise en place, il appartient à la Suisse de jouer un rôle pionnier, car aucun pays n’est aussi exposé en raison de la taille de ses deux principales banques.

Cette déclaration s’adresse à tous les représentants de la place financière et de l’économie pour qu’ils relèvent ce défi de concert avec la BNS et la FINMA. L’économie réelle et la politique sont aussi interpellées. Elles doivent mettre de côté les intérêts particuliers et se soucier exclusivement du bien-être général.

«Tout le monde est bienvenu dans cette alliance», a lancé Christoph Blocher à l’adresse notamment du PLR et du PDC. Par communiqué, le PLR a d’ailleurs rappelé vendredi qu’il exige lui aussi qu’on en revienne aux valeurs libérales qui font la Suisse: la qualité, la modestie et une vision à long terme.

Collaboration au-delà des partis

«Il en va de la Suisse», a souligné Toni Brunner, avant d’ajouter qu’«il faut parfois être prêt à collaborer avec un parti avec lequel ont ne partage pas toujours le même avis». Christian Levrat a lui aussi exprimé ses doutes initiaux quant à cette entente avec l’UDC.

«Cette situation nous contraint, nous, socialistes, à briser un tabou et à tendre la main à nos adversaires politiques les plus acharnés. Je le fais sans enthousiasme, mais avec la certitude que nous n’avons pas d’autre choix».

Le Fribourgeois s’est dit intrigué par Christoh Blocher, «qui n’est pas très crédible dans cette affaire. Il était lui-même assis pendant des années à la table du casino avec son ami Martin Ebner. C’est un proche de Marcel Ospel et il a changé de position pour des motifs opportunistes», dénonce Christian Levrat. «Mais ce soutien, même tardif, nous permettra d’obtenir une majorité».

Dans une interview parue vendredi dans la «Neue Zürcher Zeitung», le président du Credit suisse Hans-Ulrich Doerig avertit qu’une régulation trop restrictive des grandes banques affaiblit l’ensemble de l’économie. A ses yeux, seuls des instituts financiers de taille sont garants d’un centre financier de premier rang à long terme.