Quinze minutes d’intervention d’un côté contre quatre heures et demie de plaidoiries de l’autre. Le Ministère public a été bien seul à respecter sa promesse de concision. Car pour le substitut Daniel Stoll, une seule question essentielle méritait d’être rappelée à l’heure de cette audience: «Est-il possible de faire tout et n’importe quoi en matière d’estimation des besoins en provision?» La défense a préféré quant à elle explorer un registre bien plus vaste.

Il ne s’était pas avoué vaincu malgré la difficulté de la tâche. Le Parquet vaudois a recouru – contrairement aux parties civiles, Etat de Vaud et BCV – pour obtenir la condamnation des six protagonistes de cette affaire qui, à ses yeux, n’ont pas respecté les règles comptables et de prudence.

Notamment en tripatouillant dans les chiffres pour faire coller les besoins aux provisions existantes. Daniel Stoll a mis en garde les juges du Tribunal cantonal contre les talents de cette défense redoutable qui a réussi un tour de force. Convaincre les premiers magistrats que cette «comptabilité tronquée n’était en fait que recherche de cohérence».

Certificat de décès

«Il faut mettre un terme à cette affaire, qui dure depuis plus de six ans.» Unanime, la défense a demandé «un certificat de décès» pour cette procédure considérée comme injuste. «Il ne faut pas que ce dossier serve d’exutoire à la frustration née de la crise et des excès de certains drogués du profit. Ici, il s’agit de banquiers de province et qui ont travaillé à l’ancienne. Ils n’ont enfreint ni le droit, ni la morale et encore moins l’ordre social», a souligné Me Eric Stoudmann.

Unie contre «l’acharnement» du Ministère public, la défense a longuement critiqué la manœuvre consistant à revisiter l’état de fait retenu par le premier jugement (55 distorsions ont été pointées) – alors que la voie du recours en réforme ne laisse pas cette liberté de contestation – pour tenter de convaincre que le droit a été mal appliqué et obtenir une condamnation sans deuxième procès. Non sans rappeler, sur tous les tons, que le Tribunal correctionnel de Lausanne n’avait pas trouvé trace de malignité chez les intimés.

Sauf dans le volet des rémunérations occultes distribuées par Gilbert Duchoud, avec la bénédiction de Jacques Treyvaud. Là, dira bien entendu la défense, les juges avaient tort.